Le galop de Patricia : comment dresser l'image en mouvement de l'invariance ?

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Re: Le galop de Patricia : comment dresser l'image en mouvement de l'invariance ?

Message par Borges le Ven 10 Fév 2012 - 15:00

La bêtise n’a pas d’odeur ou le critique dans tous ses états.

Bonne nouvelle pour les amateurs, s’il en reste : un texte de renzi. Marquons notre joie pour le saluer. Ça faisait un temps que ce petit gars n’avait pas consacré son génie à la violence élégante et matérialiste au cinéma, du moins sur le site des indépendants.

Ses potes devaient trouver la situation intenable. Tous devant, tous grotesques; et lui, derrière, le planqué. Le revoilà donc, pour un texte aussi con que d’ordinaire, qui prouve à ses potes qu’il reste le premier parmi ses pairs quand il s’agit de produire des inepties. Faut le concéder pourtant, ce que je fais, c’est aussi un texte courageux dans le genre autobiographique. Sans craindre qu’on le prenne pour un critique efféminé, ce sont ses mots, ce qu’il veut dire par là, faut lui demander, il défend le cinéma du corps, nous révèle ses désirs obscurs, étranges, pervers, complètement fous.

Le mec, allez savoir ce qui lui passe par la tête, prend un plaisir fou, une jouissance innommable, presque divine, de marquis, à voir la matière des corps, surtout populaires, violée, humiliée, soumise. Il rêve de violence, et il est pas seul. C’est leur grande affaire en ce moment aux imbéciles d’indépendencia.

Lisez le texte de leur nouvelle recrue sur « chacals et arabes ».

On y reviendra ; enfin, j’y reviendrai.


Le texte de renzi

Comme d’ordinaire, c’est composé, ordonné.

Les raisons s’enchaînent et les mots ; une fête de la sensibilité et de l’intelligence ; rigueur de la structure active, mémoire des oppositions livrées par la tradition, et répétées avec un sens de la réactivation rare.

Afin qu’on s’y perde pas.

Tout le texte est construit sur la plus ancienne opposition du monde, celle du corps et de l’idée.

D’un coté, il y a le film marocain, « Sur la planche » (pas pourrie) de Leïla Kilani, de l’autre, un film français, « Sports de filles » de PM.

Des films de fille, avec des filles, donc, mais bien différents, à en croire le critique, et pas seulement parce que l’un est consacré aux crevettes, et l’autre, aux chevaux. Non, pour des raisons plus essentielles que l'animalité.

D’un côté vous avez du corps, de l’autre de l’idée ; le film de PM est un film-idée, un film de l’obstination abstraite, conceptuelle, du scénario (il existe encore des critiques pour s'épater du rejet du scénario).

Renzi, qui vient après tous les renversements de la hiérarchie platonico-chrétienne, bien après Nietzsche, Marx, Freud, Spinoza, Rohmer, Rossellini, le catholicisme matérialiste et immanentiste, bien entendu, préfère les corps, même s’il raffole des idées, en produire, en consommer. Ce qui tombe bien parce que pour lui le cinéma, c’est le corps, pas au sens de Deleuze, non en un nouveau sens, épatant, le sens de la crevette, de la mouche, des araignées, du vent, de la pluie, des arbres, et de plein de choses encore. Toute la matière du monde et des rêves.

Qu’on ne le pense pas prisonnier d’un système ; ce parti pris des corps, de la matière n’est pas une règle universelle. Il lui arrive, avec ses potes, de faire l’éloge de l’idée, selon des critères dont ils sont les seuls à savoir les règles d’usage, la grammaire.

Exemple ?

La critique historique du film de XB ; le bien alors, le cinéma, le désirable, c’était pas le corps, on imagine bien, pas avec des ascètes, des moines, mais l’idée, la super idée chrétienne, voire catholique ; ah, son éloge de la vie communautaire sous la puissance unificatrice de l’idée catholique, même Sarkozy n’oserait pas ; même XB en a été dégouté. C’est tout de même plus marrant les bordels ; de luxe, bien entendu.

Notons, ce qui me passe par la tête, pour essayer d’y voir un tout petit peu plus clair.


Dans les deux films, on a la même obstination de l’idée, mais l’une, la chrétienne, est bonne, sans doute parce qu’elle est incarnée (par des moines), l’autre, celle du film de Mazuy est mauvaise, abstraite. Il y aurait alors deux modes d’expression de l’idée (d’obstination), deux modes de l’obstination. Il est vrai que tout sépare la communauté sans partage des mecs du film de XB de l’héroïne de Mazuy, qui n’a pas été tendre avec une certaine perversion de la religion et du sacrifice (Saint Cyr).

Pour Gracieuse, la vie c’est pas une affaire de grâce, d’abandon ; il ne s’agit pas du tout de s’annuler, de se sacrifier, mais de refuser tout espèce d’idée, de concept, de puissance du général, du contrat, par exemple (dans le boulot, ou dans la parole donnée)

Elle ne cesse de tout trahir. Le monde entier contre un cheval.

C’est peut-être ça qui ennuie Renzi, chez cette fille. Elle ne se laisse pas taper dessus (même si elle reçoit un joli coup sur l’œil, qu’elle transforme vite en style). Les mecs d’independencia adorent les filles violées, violentées, qui en ramassent plein la gueule. Vous pouvez me croire ; lisez ce que Renzi écrit sur Lisbeth Salander, et vous verrez que je raconte pas des balivernes.
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Re: Le galop de Patricia : comment dresser l'image en mouvement de l'invariance ?

Message par Borges le Ven 10 Fév 2012 - 18:34

Mais pourquoi il aime pas le Mazuy Renzi?

On a vraiment envie de savoir, et il le sait, qu'on a envie de savoir ; il sait que c'est l'obsession de tous ceux qui s'intéressent au cinéma, aux chevaux, aux filles, aux sports... On s’attendait à ce qu’il aime, on aurait voulu qu’il aime, on aurait aimé qu’il aime un film qui a tout pour lui plaire, mais il aime pas, et on est déçu et on demande, légitimement (selon lui) :

-« Si t’aimes bien Sur la planche, Eugénio, pourquoi que t’aimes pas Sport de fille ? »

« Ah, dit-il, oui, oui, c’est tout à fait légitime que vous posiez cette question que je me pose moi-même à moi-même, sachant que c’est une question centrale ; je sais, je devrais aimer ce film de Patricia Mazuy, où la violence est centrale, ou presque, comme je suis fan de la violence, comme j’adore la violence, que je peux pas m’en passer, que j’en dors plus, la violence élégante, qu'on s'entende bien, et pourtant, j’aime pas ».

il aime la violence, la violence est centrale dans ce film, et pourtant (comme dirait Heidegger), il n'aime pas.

Il dit pas tout de suite pourquoi ; il nous fait attendre, le salaud ; c'est un maître rhétoricien ; y a en pas deux comme lui pour vous maîtriser l'art du suspense, pour vous suspendre à ses mots.


Au lieu de s'expliquer, en super forme, il nous sort les lieux communs qu’il a dans sa tête, des balivernes sur la mythologie grecques, pas même dignes d’un gosse de dix ans, d’un journaliste peut-être : les amazones sur leurs chevaux qui galopent, les hommes bêtes, Prométhée qui s'énerve et vole du feu, pour se réchauffer, parce que c’est l’hiver, aussi en Grèce.

Le feu

Ici, quelques mots, qui ne doivent pas prêter à malentendu : faudrait le psychanalyser Renzi, avec ou sans Bachelard. Je ne sais pas s’il passe ses nuits à rêver d’allumettes et de bidon d’essence, en plus de rêver de la moto de Lisbeth, mais j’en serais pas trop surpris. Je dis pas qu’il faut l’enfermer ; pas question de ça ici ; l’esprit et le feu sont liés ; seulement, avec les mecs hantés par la violence, le feu ça peut donner des idées à la néron.

Faut se méfier!

Dès qu’il le peut, même quand rien ne le justifie, Renzi vous fait le coup du feu, des flammes, de la lumière qui brule tout ; il s'emporte, s'enflamme, il se lance dans des litanies satanistes : le cinéma art diable, du grand Lucifer, l’ange déchu tout en lumière et en couleur. D’autres fois, c’est Prométhée, son héros favori.

C'est inquiétant, d’autant plus qu’il n’est pas le seul des indépendants à bruler, à se consumer d'une étrange passion pour la violence et les flammes ; le gars qui a écrit sur les arabes et les chacals se prend aussi pour un Perse d’autrefois. Yannick Haenel, il s'appelle :

Regardez cette montagne, disait Cézanne  : autrefois, elle était du feu. Regardez aujourd’hui ce film de Straub  : il vous transmet ce feu. Car le feu — si c’est vraiment du feu — résiste au temps, il traverse les corps et les noms, il se change en voix, et vous parle.

un vrai dragon ; une prose qui crache du feu ;

s'il avait un peu de culture, il aurait sans doute cité plutôt les propos de Straub lui-même, dans "Où gît votre sourire enfoui", d'autant plus qu'il joue avec le titre du film de Costa :

"Il faut que chaque centimètre carré, chaque millimètre carré du plan ait la même importance, mais il faut néanmoins qu'il y ait un point focal là-dedans, c'est-à-dire quelque chose qui brûle quelque part."


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Re: Le galop de Patricia : comment dresser l'image en mouvement de l'invariance ?

Message par IQI le Sam 11 Fév 2012 - 8:43

T'es un peu trop simplement drolement brillant en ce moment.

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Re: Le galop de Patricia : comment dresser l'image en mouvement de l'invariance ?

Message par IQI le Sam 11 Fév 2012 - 8:56

C'est qu'en "principe" on peut pas dire que le feu nous préoccupe beaucoup, nous occidentaux du moment. Les liturgies contemporaines "laïques" n'en font pas grand cas.

Les ingénieurs l'ont mangé...les bobos le cuisinent.

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