J. Edgar (Eastwood)
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J. Edgar (Eastwood)
C’est curieux : la lumière est belle ; Di Caprio est très bien (comme toujours ; mais je suis fan) ; le scénario est riche, le sujet, historiquement passionnant. Mais il n’y a pas de film. Jamais ces qualités font autre chose que s’additionner, jamais elles forment un tout. Du début à la fin, le film donne le sentiment d’être comme absent à lui-même, jamais là ni ailleurs, nulle part, sans parti pris sur rien, enfilant les scènes comme d’autres font du tricot, comme si Eastwood faisait ce film à défaut d’un autre, ou d’une partie de golf. C’est un film tiède, pas inintéressant, pas aussi mauvais que les précédents, mais sans feu et sans âme, sans intensité d’aucune sorte. A quoi bon faire ce film pour Eastwood ? Je me demande vraiment.
Le Monde a eu la bonne idée d’interviewer Dustin Lance Black et de rappeler que c’était aussi le scénariste de Milk :
Pourquoi pas. Mais la part obscure d’Harvey Milk, elle existait déjà dans le film de Gus Van Sant : c’était Dan White, le conseiller municipal tueur, mal à l’aise dans sa vie de famille, possiblement homo et se censurant, et à ce point obsédé par son ratage qu’il crevait d’envie devant la réussite des autres. Sous cet aspect, Hoover a pas mal de points communs avec White : lui aussi dans le placard, il tombe amoureux du pouvoir et épouse l’ordre établi ; sauf qu’à lui, ça aura plutôt réussi socialement.
Dans le film, Hoover, c’est le type qui a tout eu dans sa vie : l’argent, le pouvoir (immense), l’amitié (indéfectible, celle de sa secrétaire) et même l’amour (Clyde, son second). Et pourtant tout le film nous laisse entendre que son destin est placé sous la loi du manque. Il en fait une sorte de héros tragique, dont la dernière image est celle de ce corps échoué, à moitié nu, tout seul, au pied de son lit, comme une grosse baleine un peu ridicule.
Mais de quoi cet homme aura-t-il donc manqué ? D’une sexualité, d'une vie affective plus épanouie ? D’une meilleure image de lui-même, lui qui se rêve en héros de cinéma, peut-être pour exorciser le reflet effrayant que lui renvoyait, dans sa jeunesse, le visage hagard, ravagé, de son père, apparemment démoli intérieurement, sans qu’on sache par quoi ? On ne sait pas. On peut psychologiser un brin, mais je suis pas sûr que ça en vaille bien la peine, et qu’on tombe sur autre chose que des idées convenues (et déjà vues récemment, dans Social Network par exemple, cette autre histoire de jeune mec humilié qui, par dépit ou peur de se sentir rejeté, invente de toutes pièces le monde où il pourra être le roi : Facebook pour Zuckerberg, le FBI pour Hoover).
La tragédie intime des puissants, ça commence à faire. Prochainement : Thatcher, en féministe engagée dans un univers d’hommes. Ben voyons.
L’intérêt du film, pour moi, ça aura été de me donner envie de relire un peu d’histoire, d’en savoir plus sur Emma Goldman, sur le bouillonnement syndical aux Etats-Unis dans les années 10. (Là-dessus, le film est intéressant : au fond, c’est peut-être moins un film sur l’amour et l’amitié, comme on dit ici ou là, qu'un film sur la nécessité de se trouver un ennemi ; éliminer ses ennemis, c’est ça la vraie passion de Hoover toute sa vie.)
Le Monde a eu la bonne idée d’interviewer Dustin Lance Black et de rappeler que c’était aussi le scénariste de Milk :
Votre scénario marque une réelle empathie pour Hoover.
Je sais, et cela m'effraie. Hoover est un individu qui a révolutionné les méthodes policières, avec l'introduction des empreintes digitales, par exemple. C'est assez remarquable, son éthique du service public est devenue une obsession de l'ordre, ciblant, entre autres, le mouvement des droits civiques. Je ne peux m'empêcher de voir en Hoover la part obscure d'Harvey Milk. Ce dernier est sorti du placard pour engager un combat pour les libertés. Hoover a refoulé son homosexualité pour, au final, devenir un monstre.
Pourquoi pas. Mais la part obscure d’Harvey Milk, elle existait déjà dans le film de Gus Van Sant : c’était Dan White, le conseiller municipal tueur, mal à l’aise dans sa vie de famille, possiblement homo et se censurant, et à ce point obsédé par son ratage qu’il crevait d’envie devant la réussite des autres. Sous cet aspect, Hoover a pas mal de points communs avec White : lui aussi dans le placard, il tombe amoureux du pouvoir et épouse l’ordre établi ; sauf qu’à lui, ça aura plutôt réussi socialement.
Dans le film, Hoover, c’est le type qui a tout eu dans sa vie : l’argent, le pouvoir (immense), l’amitié (indéfectible, celle de sa secrétaire) et même l’amour (Clyde, son second). Et pourtant tout le film nous laisse entendre que son destin est placé sous la loi du manque. Il en fait une sorte de héros tragique, dont la dernière image est celle de ce corps échoué, à moitié nu, tout seul, au pied de son lit, comme une grosse baleine un peu ridicule.
Mais de quoi cet homme aura-t-il donc manqué ? D’une sexualité, d'une vie affective plus épanouie ? D’une meilleure image de lui-même, lui qui se rêve en héros de cinéma, peut-être pour exorciser le reflet effrayant que lui renvoyait, dans sa jeunesse, le visage hagard, ravagé, de son père, apparemment démoli intérieurement, sans qu’on sache par quoi ? On ne sait pas. On peut psychologiser un brin, mais je suis pas sûr que ça en vaille bien la peine, et qu’on tombe sur autre chose que des idées convenues (et déjà vues récemment, dans Social Network par exemple, cette autre histoire de jeune mec humilié qui, par dépit ou peur de se sentir rejeté, invente de toutes pièces le monde où il pourra être le roi : Facebook pour Zuckerberg, le FBI pour Hoover).
La tragédie intime des puissants, ça commence à faire. Prochainement : Thatcher, en féministe engagée dans un univers d’hommes. Ben voyons.
L’intérêt du film, pour moi, ça aura été de me donner envie de relire un peu d’histoire, d’en savoir plus sur Emma Goldman, sur le bouillonnement syndical aux Etats-Unis dans les années 10. (Là-dessus, le film est intéressant : au fond, c’est peut-être moins un film sur l’amour et l’amitié, comme on dit ici ou là, qu'un film sur la nécessité de se trouver un ennemi ; éliminer ses ennemis, c’est ça la vraie passion de Hoover toute sa vie.)

Eyquem- Messages: 2165
Re: J. Edgar (Eastwood)
hello eyquem;
-oh, le pauvre gars effrayé par son empathie pour les monstres; ça doit nous révéler des choses sur la psyché humaine, et sa fascination pour le mal; un vrai cliché et en plus puant (zizek a écrit des choses intéressantes sur cette humanisation des monstres, qui les justifie en dernière analyse)
-Notons que les "vrais monstres", les monstres de l'autre bord, les monstre ennemis, ne sont jamais humanisés...comme le montrent les primaires républicaines, pour eux pas d'empathie, une seule loi : kill them.
-Ce que nous montre là clint eastwood, c'est aussi vieux que son cinéma : on ne fait pas le sale boulot sans se salir, et seuls ceux qui acceptent de se salir deviennent des héros...des hommes de l'ordre, des tueurs déchirés et déchirants, d'humanité, bien entendu)
-il faudrait plutôt parler de sujet obscur (badiou); la part obscure (psychologie des profondeurs et astuce de scénario de quinzième zone) ne mène à rien...
Votre scénario marque une réelle empathie pour Hoover.
Je sais, et cela m'effraie. Hoover est un individu qui a révolutionné les méthodes policières, avec l'introduction des empreintes digitales, par exemple.
-oh, le pauvre gars effrayé par son empathie pour les monstres; ça doit nous révéler des choses sur la psyché humaine, et sa fascination pour le mal; un vrai cliché et en plus puant (zizek a écrit des choses intéressantes sur cette humanisation des monstres, qui les justifie en dernière analyse)
-Notons que les "vrais monstres", les monstres de l'autre bord, les monstre ennemis, ne sont jamais humanisés...comme le montrent les primaires républicaines, pour eux pas d'empathie, une seule loi : kill them.
-Ce que nous montre là clint eastwood, c'est aussi vieux que son cinéma : on ne fait pas le sale boulot sans se salir, et seuls ceux qui acceptent de se salir deviennent des héros...des hommes de l'ordre, des tueurs déchirés et déchirants, d'humanité, bien entendu)
-il faudrait plutôt parler de sujet obscur (badiou); la part obscure (psychologie des profondeurs et astuce de scénario de quinzième zone) ne mène à rien...
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Borges- Messages: 4044
Re: J. Edgar (Eastwood)
salut Borges,
Oui, la souillure comme signe d'élection héroïque, c'est l'enjeu explicite de la scène où la mère dit : "Maintenant tu as le sang de cet enfant sur les mains", après que le cadavre du bébé Lindbergh a été retrouvé.
Comme écrivait Rancière, après Mystic River :
La figure de l'Ennemi dans le film est composite : ouvriers grévistes, leaders syndicaux, gangsters, étrangers, noirs. Mais tout au long du film elle porte le nom générique de Communiste. Le Communiste apparaît moins comme un adversaire politique que comme un ennemi "ontologique", un ennemi dont la seule existence est une menace pour la survie de l'Amérique, pour son "être" propre. Le film ne laisse pas entendre Emma Goldman ou Martin Luther King, ce qu'ils disent est inaudible (Hoover ferme la télé quand Martin Luther King fait son discours d'acceptation du Nobel) : ce n'est pas leurs discours, leurs arguments, que Hoover combat, c'est leur existence même. Le film laisse comprendre qu'en expulsant hors de l'Amérique son ennemi intérieur, Hoover cherche par là à régler la propre division de son être : sa lutte anti-communiste, c'est d'abord une lutte pour sa propre "intégrité", au double sens de ce qui est intact, pur, et de ce qui est un, complet, non divisé. Son fantasme, ce serait de ne plus faire qu'un avec l'Amérique - ou avec la mère, ce qui est peut-être pareil pour lui.
Ce que nous montre là clint eastwood, c'est aussi vieux que son cinéma : on ne fait pas le sale boulot sans se salir, et seuls ceux qui acceptent de se salir deviennent des héros...des hommes de l'ordre, des tueurs déchirés et déchirants, d'humanité, bien entendu
Oui, la souillure comme signe d'élection héroïque, c'est l'enjeu explicite de la scène où la mère dit : "Maintenant tu as le sang de cet enfant sur les mains", après que le cadavre du bébé Lindbergh a été retrouvé.
Comme écrivait Rancière, après Mystic River :
Nous avons tous tué un enfant, autant l'achever, c'est ainsi que pourrait se résumer la morale du film, la morale qu'il met en scène et celle de sa mise en scène. On a fait à Clint Eastwood le compliment d'avoir évité le "manichéisme" de Michael Moore ou de Lars von Trier. A y regarder de près ce "non-manichéisme", cette acceptation de l'injustice au nom du mal, est homogène au discours régnant contre l'axe du Mal. Parce que nous sommes tous des sauvages, tous des meutriers en puissance, nous devons accepter l'oeuvre de justice. Mais, pour la même raison, nous ne devons pas exiger de la justice qu'elle soit trop juste.
La figure de l'Ennemi dans le film est composite : ouvriers grévistes, leaders syndicaux, gangsters, étrangers, noirs. Mais tout au long du film elle porte le nom générique de Communiste. Le Communiste apparaît moins comme un adversaire politique que comme un ennemi "ontologique", un ennemi dont la seule existence est une menace pour la survie de l'Amérique, pour son "être" propre. Le film ne laisse pas entendre Emma Goldman ou Martin Luther King, ce qu'ils disent est inaudible (Hoover ferme la télé quand Martin Luther King fait son discours d'acceptation du Nobel) : ce n'est pas leurs discours, leurs arguments, que Hoover combat, c'est leur existence même. Le film laisse comprendre qu'en expulsant hors de l'Amérique son ennemi intérieur, Hoover cherche par là à régler la propre division de son être : sa lutte anti-communiste, c'est d'abord une lutte pour sa propre "intégrité", au double sens de ce qui est intact, pur, et de ce qui est un, complet, non divisé. Son fantasme, ce serait de ne plus faire qu'un avec l'Amérique - ou avec la mère, ce qui est peut-être pareil pour lui.

Eyquem- Messages: 2165
Re: J. Edgar (Eastwood)
Du coup cela a l'air réducteur mais intéressant, je me demande ce qui sépare le Hoover joué par Di Caprio du personnage joué par Trintignant dans "le Conformiste" (je présume que Moravia avait aussi écrit un "scénario de 15ème zone" dont ce forum de première zone ne manquera pas de pointer les faiblesses): déjà le second n'aura jamais directement le pouvoir et perd son nom. Voire ce qui sépare (ou rapproche) Eastwood de Bertolucci
Tony le Mort- Messages: 342
Re: J. Edgar (Eastwood)
difficile de trouver le sujet du film et l'intention d'Eastwood, difficile aussi de se faire une idée du rôle d'Helen.

slimfast- Messages: 1219
Re: J. Edgar (Eastwood)
Don Delillo au début d'Outremonde en 2, 3 phrases décrit Hoover. La scène se passe dans un stade de base ball. On se demande ce qu'Edgar fait là en compagnie de Sinatra et sa bande.
Delillo écrit " la célébrité et le secret sont les deux extrémités de la même fascination, le grésillement électrique d'une chose libidineuse en ce monde, et Edgar réagit aux gens qui ont accès à cette énergie... "etc.
Comme une menace d'Hoover lui même Eastwood ouvre son dossier secret : pourquoi faire lui même sans le déplorer ce que finalement il déplore chez lui ?
Delillo écrit " la célébrité et le secret sont les deux extrémités de la même fascination, le grésillement électrique d'une chose libidineuse en ce monde, et Edgar réagit aux gens qui ont accès à cette énergie... "etc.
Comme une menace d'Hoover lui même Eastwood ouvre son dossier secret : pourquoi faire lui même sans le déplorer ce que finalement il déplore chez lui ?

slimfast- Messages: 1219
Re: J. Edgar (Eastwood)
si on va du côté de la célébrité et de la fascination qu'elle exerce, notons que sous cet edgar, il y en a un autre, celui de play misty for me

Borges- Messages: 4044
Re: J. Edgar (Eastwood)
oui mais tu oublies le secret et c'est pécisément dans cette fascination impudique à le révéler - oui Hoover était avant tout homosexuel, le reste bullshit, semble dire Eastwood, que se joue son J. Edgar.
Et pour cela l'impact politique du film devrait être très fort.
Et pour cela l'impact politique du film devrait être très fort.

slimfast- Messages: 1219
Re: J. Edgar (Eastwood)
Delillo parle aussi de la "gueule de bouledogue" d'Hoover : di Caprio aurait-il cette gueule de bouledogue ?
A vue de nez le personnage semble un peu plus complexe que celui de j. Hoover : je repose donc la question : que cherche Eastwood ?
A vue de nez le personnage semble un peu plus complexe que celui de j. Hoover : je repose donc la question : que cherche Eastwood ?

slimfast- Messages: 1219
Re: J. Edgar (Eastwood)
hi slimfast, pas encore vu le film; j'avais juste été frappé par la rime des deux prénoms...
en suivant la piste de ce prénom, du premier film de eastwood à Don D, notons que l'étrange soeur edgar de underworld, lit seule dans sa chambre edgar poe, le raven, bien entendu :" elle le lisait et le relisait et l'apprenait par coeur. Elle voulait le réciter à sa classe lorsque l'école rouvrirait. Son poète homonyme, oui, et le sombre poème croassant qui ravivait son sentiment d'être edgarienne...'
(outremonde, p832)
en suivant la piste de ce prénom, du premier film de eastwood à Don D, notons que l'étrange soeur edgar de underworld, lit seule dans sa chambre edgar poe, le raven, bien entendu :" elle le lisait et le relisait et l'apprenait par coeur. Elle voulait le réciter à sa classe lorsque l'école rouvrirait. Son poète homonyme, oui, et le sombre poème croassant qui ravivait son sentiment d'être edgarienne...'
(outremonde, p832)

Borges- Messages: 4044
Re: J. Edgar (Eastwood)
http://www.capricci.fr/editions.php?id_edition=505&type=9
Bouquet est un critique assez fin. je suis impatient de feuilleter son bouquin.
Bouquet est un critique assez fin. je suis impatient de feuilleter son bouquin.

slimfast- Messages: 1219
Re: J. Edgar (Eastwood)
non mais sans blagues !!
( j'aime beaucoup le cadrage dans le trou du R ).

slimfast- Messages: 1219
Re: J. Edgar (Eastwood)
un dispositif génial de narration de deux personnages sur des années - niveau auquel on ne peut pas reprocher à Eastwood de ne pas accéder, après tout il ne dispose que d'un bouledogue, pas de fric quand Milos Forman choisit un génie et rassemble un gros budget. Et cela se voit !
Dernière édition par slimfast le Ven 27 Jan 2012 - 22:36, édité 1 fois

slimfast- Messages: 1219
Re: J. Edgar (Eastwood)
Mais la différence est avant tout dans le mode de narration, limité chez Eastwood, qui fait la part belle à toute des variations pour Forman - mais après tout il s'agit de musique - en plus du cinéma.
faire descendre deux vieux par un ascenseur - Hoover et son pote - et les retrouver jeunes en bas à l'ouverture des portes est bien l'idée la plus stupide que l'on ait vue depuis longtemps.
je n'ose imaginer vos réactions indignées si Maiwenn avait fait ça. Bon c'est un mauvais exemple elle a fait pire.
Mais quand même cela laisse songeur sur les écrans de fumée produits encore par les films américains de ce côté-ci.
certains réflexes sont bien encrés en dépit de la floraison d'emprunts ... empruntés - lol - à la philosophie - via la série zob ...
faire descendre deux vieux par un ascenseur - Hoover et son pote - et les retrouver jeunes en bas à l'ouverture des portes est bien l'idée la plus stupide que l'on ait vue depuis longtemps.
je n'ose imaginer vos réactions indignées si Maiwenn avait fait ça. Bon c'est un mauvais exemple elle a fait pire.
Mais quand même cela laisse songeur sur les écrans de fumée produits encore par les films américains de ce côté-ci.
certains réflexes sont bien encrés en dépit de la floraison d'emprunts ... empruntés - lol - à la philosophie - via la série zob ...

slimfast- Messages: 1219
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