Une dangereuse méthode : surtout pas la peste
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Une dangereuse méthode : surtout pas la peste
des notes, des brouillons...
cronenberg ne nous apporte pas la peste...
Jung une fois rêva d'ossements et de crânes. Un os, un crâne n'existent jamais seuls. L'ossuaire est une multiplicité. Mais Freud veut que ça signifie la mort de quelqu'un. « Jung, surpris, lui fit remarquer qu'ily avait plusieurs crânes, pas juste un seul. Mais Freud continuait.
(D/G)
tout le film est là dans cette opposition du "un" (mono) et du "multiple" (poly), du juif et de l'aryen...
rapporté à son titre, le film le moins dangereux du monde, le moins risqué. Peut-être pas du monde, du cinéma de cronenberg. Un mec plutôt habitué aux risques, du sujet, de la mise en scène, du corps… ici, tout est effacé, discret, plat, sans intensité. Après les premières images de violence; la méthode l'emporte sur le danger.
Pas une seule image risquée dans ce film.
Où est le danger ? Dans l'inquiétante tranquillité des lieux, de l'image, du décor, de cette bourgeoisie...
On peut imaginer que cronenberg nous raconte ce qu’aurait été son cinéma, sans freud, sans la découverte de freud, sans la rupture freud, sans l’inconscient...
Aucune des contradictions du film n'est soulignée, aucune guerre ne les agite, ne les anime : le conscient - l'inconscient, la famille - l'aventure, le sexe et la reproduction, le réel et le rêve... la monogamie - la polygamie...
Un film sans guerre, sans différent ; sans ennemi véritable.
calme plat : l’un, sans le double. Ce qu’aurait été la vie du savant de la mouche, s’il n’avait pas été emporté dans sa métamorphose, par sa terrible machine (désirante)...
Jung est un peu emporté, mais pas tant que ça...
Ici, le danger de la méthode, c’est peut-être tout simplement l’affirmation de la méthode, du moi, du cogito, contre le malin génie, la surface contre le fond du lac...
on peut aussi dire ceci : le risque pour cronenberg, risquer son image, en allant du côté de freud, et non pas de Jung, et encore moins du côté de OG...
(Je note, le cinéma de cronenberg, c’est le contraire de la psychanalyse… il ne s’agit pas d’adapter l’individu au monde, juste le contraire)
tout le monde raconte que Jung apparaît plus sympa que freud, vieux et n'osant plus se risquer dans les chemins de l'inconnu ; peut-être ;
freud serait alors du côté de la méthode, jung du côté du danger...
une méthode dangereuse, synthèse disjonctive ; rencontre des contraires... l'un et le multiple, disais-je...
si freud c'est la méthode, jung le danger... le film lui dans sa mise en scène se situe du côté du vieux sage juif, rationnel, prudent, matérialiste... deux choix donc : du côté du personnage, on choisit le danger, du côté de la mise en scène la méthode...
C'est comme s'il s'agissait de montrer que la méthode finalement n'est pas si dangereuse que ça.
Mais de quelle méthode s'agit-il?
de la psychanalyse?
On sait que Freud s'est battu pour montrer que bien utilisée, elle ne représentait aucun danger, elle ne risquait pas d'engendrer des fous, des être amoraux... c'est pourtant ce qui arrive, ce qui se produit, au moins dans deux cas, celui de Jung, délivré de ses règles protestantes, échappant à la famille, à l'unité du mariage... plongeant dans la mythologie, le péché... c'est aussi ce qui arrive à otto gross, qui lui a ouvert la voie... Le multiple ici se résume dans un mot : la polygamie ; on sait que Jung la recommandait à ses jolies patientes, pour mieux les guérir...
Un film tourné depuis la mort ; comparable à B Lyndon
la psychanalyse c'est la cure par le bavardage... les critiques opposeront l'image et la parole, le dialogue, mais le film est beaucoup moins construit autour de cette opposition que depuis l'insistance de la lettre, dans les deux sens du mot… Lettres étranges, encre du générique... lettres échangées entre les personnages, texte avant le générique, où avant la fin nous apprenons la fin des personnages.
il y a bien entendu la parole, la cure par la parole, mais la parole est aussi dépassée dans la lettre, l'écrit.
C'est dans la lettre qu'est l'inconscient du film, son sujet.
Le générique et ses lettres étranges, illisibles, mystérieuses, comme dans le fameux test, échanges des lettres, et puis le texte avant le générique final, où est dit ce qui vient après l'image, après les images : le destin de ce qui est hors image : l'Histoire, les deux guerres, la mort… monstrueuse, pour trois des personnages, freud (mort en exil après la prise de pouvoir par les nazis), gross (mort en 1919, de faim) et spielrein (assassinée par les nazis dans une synagogue)
tout semblait se situer hors du monde, de l'Histoire...
le film est à l'image du lac suisse, plat, plaisant, tranquille, sans heurt, même dans les scènes un peu osées ; comme on dit. Puis l'Histoire arrive, mais après le film.
La lettre, l’écrit, après l’image, comme un triomphe de la lettre biblique, de freud, du juif, sur l’aryen… la lettre, l’interdit de la représentation, l’emporte sur le cinéma.
Le rêve de jung annonçait la première guerre, les craintes, les angoisses de freud, le nazisme..
« Laisse tomber le christ. Ne rêve pas du mariage du blond siegfried et de la jolie juive » dit-il à Sabina Spielrein (dont les initiales annoncent le destin : SS); « nous sommes juifs nous resterons toujours juifs. »
(jung, on le sait, se compromettra pas mal avec le nazisme, il ne dira rien je crois de l'extermination...)
tout se joue dans le différend, dans la différence, entre le mono et le poly, entre le juif et l'aryen… la raison matérialiste athée de freud, le polythéisme mystique, mythologique et charlatan de Jung ;
l'absent du film, l'époque, la société, l'histoire, les luttes des nations, des classes (ressentiment de freud à l'égard de son jeune fils spirituel, dont la femme riche lui permet de mener une vie de luxe... épisode du voyage vers les USA ; le fils voyage en première classe), les strates de l’histoire, de la préhistoire, l’orient vers où revient freud, les origines du monothéisme, en égypte, et de son côté, jung vers wagner, la mythologie aryenne…
“la race juive toute entière possède (…) un inconscient qui n’est comparable à l’inconscient aryen qu’avec certaines réserves. L’inconscient aryen a un potentiel plus élevé que l’inconscient juif »
(JUNG)
« Quand on parle de la rupture Freud-Jung, on oublie trop souvent le point de départ modeste et pratique : Jung remarquait que le psychanalyste dans le transfert apparaissait souvent comme un diable, un dieu, un sorcier, et que ses rôles débordaient singulièrement les images parentales. »
(d/g, l'antioedipe)
Jung rêva qu’Hitler était « le christ du diable », l’antéchrist, mais que, en tant que tel, il était néanmoins l’instrument de dieu. »

Borges- Messages: 4044
Re: Une dangereuse méthode : surtout pas la peste
j'y pense : la recontre du scorsese et du cronenberg, deux espèce de voyage dans les origines : la psy et le cinéma... on a souvent lié les deux...
on pourrait ajouter le malick, dans la thématique, plus ambitieux, il revient à l'origine de tout, de l'univers, de la lumière...
on pourrait ajouter le malick, dans la thématique, plus ambitieux, il revient à l'origine de tout, de l'univers, de la lumière...

Borges- Messages: 4044
Re: Une dangereuse méthode : surtout pas la peste
derrida cite cette lettre "comique" de Ferenczi (le disciple fidèle, qui hélas n'a droit qu'à quelques secondes dans le film) à freud, dans "politiques de l'amitié" ; le film de cronenberg est un récit d'amitié, de communautés, et de ruptures... ceux qui ne comprennent rien au film, disent qu'il y a un terme de trop dans ces relations...
« Cher Monsieur le Professeur, Je vous remercie pour votre lettre détaillée. - Le comportement de Jung est d'une impertinence inouïe. Il oublie que c'est lui qui a demandé " la communauté analytique " des élèves et que l'on traite les élèves comme des patients. Mais dès qu'il s'agit de lui, il ne veut plus que l'on fasse valoir cette règle. L''analyse mutuelle est un non-sens, et aussi une impossibilité. Chacun doit être capable de supporter une autorité au-dessus de lui, dont il accepte les correctifs analytiques. Sans doute êtes-vous le seul qui puisse se permettre de se passer d'analyste ; ceci, en fait, n'est cependant pas un avantage pour vous, c'est-à-dire pour votre analyse, mais une nécessité : il se trouve que vous ne disposez pas d'un analyste qui soit votre égal, et encore moins supérieur, car vous pratiquez l'analyse depuis quinze années de plus que tous les autres et vous avez accumulé une expérience qui nous manque encore. — Malgré tous les défauts de l'auto-analyse (certes plus longue et plus difficile que l'analyse par un autre), nous devons attendre de vous la capacité de maîtriser vos symptômes. Les vérités que notre pratique confirme tous les jours, c'est bien vous qui les avez trouvées pour la plupart - et ce dans votre auto-analyse. Si vous avez eu la force de surmonter chez vous-même, sans guide (pour la première fois dans l'histoire de l'humanité) [Ferenczi souligne], les résistances que l'ensemble du genre humain oppose aux résultats analytiques, nous devons attendre de vous la force nécessaire pour venir à bout aussi de vos plus petits symptômes.
[...] J'ai, moi aussi, traversé une période de révolte contre votre " traitement ".
[...] Jung est le type même de l'agitateur et du fondateur de religion. Le père ne joue presque aucun rôle dans sa nouvelle œuvre, la communauté fraternelle chrétienne [Ferenczi souligne] y prend une place d'autant plus large. - Son livre [Métamorphoses et Symboles de la libido, paru dans le Jahrbuch, 1911 et 1912] a sur moi un effet terriblement repoussant ; son contenu comme sa forme me rebutent, ses subtilités inutiles, son caractère superficiel, son ton poétisant et doucereux, me le font détester. Pensez donc - je ne l'ai toujours pas lu jusqu'au bout. »

Borges- Messages: 4044
Re: Une dangereuse méthode : surtout pas la peste
salut Borges,
j'y étais hier et j'ai vu à peu près le même film : plat, méthodique sans danger.
DC semble dérouler un programme décidé en amont du film et qui le vide de tout enjeu.
la première séquence - arrivée de Spielrein à la clinique - cite peut-être les motifs du début de Spider : véhicule+porte ou seuil.
le dernier plan - regard silencieux et immobile de Jung - reprend sans surprise les derniers regards de Mortensens dans A history of violence et Eastern promises.
on peut aussi le mettre en rapport avec le dernier regard de Shame, je crois.
deux derniers plans de A dangerous method. un plan moyen sur la voiture de Spielrein filant sur les bords du lac et mouvement de caméra sur une grue, élévation jusqu'à un plan large sur le lac. puis un plan moyen de Jung immobile devant le lac et travelling avant jusqu'au gros plan.
je déteste cette façon de filmer, je la trouve salement grossière.
mais il y a aussi la morale du film. d'un côté Spielrein est devenue mère et elle longe le lac (les eaux : maternité ? inconscient ? l'eau figure les deux chez Jung autant que chez Freud) : elle court à Vienne retrouver Freud. elle pleure de devoir quitter Jung qui préfigure déjà ce qui va venir, l'aryen, le nazi, etc... il faut choisir entre la barbarie nazi et la loi du père, étant bien entendu que la liberté brutale des désir est un boulot de crève la faim (Otto Gross).
j'y étais hier et j'ai vu à peu près le même film : plat, méthodique sans danger.
DC semble dérouler un programme décidé en amont du film et qui le vide de tout enjeu.
la première séquence - arrivée de Spielrein à la clinique - cite peut-être les motifs du début de Spider : véhicule+porte ou seuil.
le dernier plan - regard silencieux et immobile de Jung - reprend sans surprise les derniers regards de Mortensens dans A history of violence et Eastern promises.
on peut aussi le mettre en rapport avec le dernier regard de Shame, je crois.
deux derniers plans de A dangerous method. un plan moyen sur la voiture de Spielrein filant sur les bords du lac et mouvement de caméra sur une grue, élévation jusqu'à un plan large sur le lac. puis un plan moyen de Jung immobile devant le lac et travelling avant jusqu'au gros plan.
je déteste cette façon de filmer, je la trouve salement grossière.
mais il y a aussi la morale du film. d'un côté Spielrein est devenue mère et elle longe le lac (les eaux : maternité ? inconscient ? l'eau figure les deux chez Jung autant que chez Freud) : elle court à Vienne retrouver Freud. elle pleure de devoir quitter Jung qui préfigure déjà ce qui va venir, l'aryen, le nazi, etc... il faut choisir entre la barbarie nazi et la loi du père, étant bien entendu que la liberté brutale des désir est un boulot de crève la faim (Otto Gross).
Dernière édition par Stéphane Pichelin le Mer 4 Jan 2012 - 12:06, édité 1 fois
Stéphane Pichelin- Messages: 1098
Re: Une dangereuse méthode : surtout pas la peste
- "Et puis surtout, hein ! vous, Jung ne l'oubliez pas : il faut y tenir à cette théorie (sexuelle de la libido)
- Mais pourquoi" lui dit Jung
- Pour empêcher", dit Freud, le "Schlammflut", le flot de fange !
- Duquel ? - "De l'occultisme" lui dit Freud,
(Lacan, la logique de l'inconscient)
la raison de la mise en scène de cronenberg, tellement méthodique; fidélité au sens de freud, à cette injonction morale, politique, logique; l'injonction de la logique contre l'irrationnel, qui va ensuite monter en europe... très beau passage, lyrique, émouvant, de lacan (qui ne semble pas avoir pardonné à jung son voyage en première classe vers les USA, alors que freud et Ferenczi voyageaient en seconde) dans " écrits" sur le contexte où a résonné la parole de freud...
"
Bien des contingences sont nouées dans cette histoire, depuis que le premier son du message freudien a retenti avec ses résonances dans la cloche viennoise pour étendre au loin ses ondes. Celles-ci parurent s'étouffer dans les sourds effondrements du premier conflit mondial. Leur propagation reprit avec l'immense déchirement humain où se fomenta le second, et qui fut leur plus puissant véhicule. Tocsin de la haine et tumulte de la discorde, souffle panique de la guerre, c'est sur leurs battements que nous parvint la voix de Freud, pendant que nous voyions passer la diaspora de ceux qui en étaient les porteurs et que la persécution ne visait pas par hasard. Ce train ne devait plus s'arrêter qu'aux confins de notre monde, pour s'y répercuter là où il n'est pas juste de dire que l'histoire perd son sens puisqu'elle y trouve sa limite, - où l'on se tromperait même à croire l'histoire absente, puisque, déjà nouée sur plusieurs siècles, elle n'y est que plus pesante du gouffre que dessine son horizon trop court, - mais où elle est niée en une volonté catégorique qui donne leur style aux entreprises : anrustorisme de culture, propre aux États-Unis de l'Amérique du Nord."
(tout cela manque disais-je dans le film, mais on peut aussi dire que cette absence est elle-même inquiétude, devant ce qui monte, ce qui arrive...la défaite de freud, du père... la montée du nazisme, de l'occultisme, du spiritisme, en un sens le danger de la méthode était là, avoir libéré ces forces démoniaques... les profondeurs, le sang, la terre...)
(on dit que c'est lacan qui aurait inventé la fameuse phrase attribuée à freud : "ils (les usa) ne savent pas que nous leur apportons la peste"

Borges- Messages: 4044
Re: Une dangereuse méthode : surtout pas la peste
hello SP :
l'eau du lac, de la mer (voyage vers les usa), de la "mare" où se jette Spielrein, de la baignoire pour les bains glacés...
faut voir ces différentes variations, dans le film, et surtout penser tout ça depuis l'eau wagnérienne du rhin, dont parlent jung et sabina S...
eau essentiellement immobile, inverse de celle de malick...

Borges- Messages: 4044
Re: Une dangereuse méthode : surtout pas la peste
Pourtant, c'est bien avec l'ouverture de L'or du Rhin que commence Le nouveau monde.
Mallick choisit le lyrisme (ou l'enthousiasme), et la critique point au fur et à mesure du film (tout ça n'est pas durable), tandis que Cronenberg opte immédiatement pour le doute : cet autre monde n'est peut-être qu'un lac très plat et très suisse, il n'y avait rien à découvrir, il n'y avait que des conquêtes.
Ensuite, on peut se demander : si le portrait que fait Cronenberg de Jung était une manière déguisée de parler de Godard (ce sentimentalisme fermé sur lui-même et justificateur, ces visions un peu forcées), que serait Freud ? Hollywood ?
(Et c'est toujours très stimulant de te lire)
Mallick choisit le lyrisme (ou l'enthousiasme), et la critique point au fur et à mesure du film (tout ça n'est pas durable), tandis que Cronenberg opte immédiatement pour le doute : cet autre monde n'est peut-être qu'un lac très plat et très suisse, il n'y avait rien à découvrir, il n'y avait que des conquêtes.
Ensuite, on peut se demander : si le portrait que fait Cronenberg de Jung était une manière déguisée de parler de Godard (ce sentimentalisme fermé sur lui-même et justificateur, ces visions un peu forcées), que serait Freud ? Hollywood ?
(Et c'est toujours très stimulant de te lire)
asketoner- Messages: 1
Re: Une dangereuse méthode : surtout pas la peste
hello asktoner, bienvenue;
(j'ai aussi pensé à godard et à son lac suisse, mais pas très longtemps...j'ai aussi pensé au lac de zarathoustra...jung admirait nietzsche...freud je crois prétendait ne l'avoir pas lu, s'en être toujours tenu à l'écart pour ne pas en subir l'influence...)
dans les entretiens que j'ai lus de cronenberg, wagner a deux fonctions, c'est
-d'une part, la figure romantique du génie, encore très marquante à l'époque; en ce sens, c'est un objet d'identification, pour freud, et jung (comme le sont CC et Galilée)...
-d'autre part, c'est l'antisémite, idole des nazis...
Dans la pièce, ou le script, je sais plus, quand SS demande à jung s'il aime wagner, ce dernier répond "la musique pas l'homme"... cronenberg, pour qui cette réponse (que font généralement ceux qui adorent la musique mais rejettent l'antisémitisme du mec) n'était pas vraisemblable, aucune raison que jung n'aime pas wagner, a modifié la réplique : » l’homme et la musique » ; laissant ainsi entendre que jung était antisémite (ce que pensait freud, d’ailleurs ; ce serait une des raisons de la trahison)
-lors de cette scène wagner : la discussion entre ss et jung n'est pas seulement théorique : SS demande à Jung de lui faire un gosse, un Siegfried juif-allemand, une synthèse des éléments sémites et aryens. Freud, lui, veut faire de Jung un fils en esprit... Le but est le même : relever l'élément juif dans l'élément aryen. Dans l'esprit de freud, stratégiquement, un aryen protestant doué riche et tout est une chance pour le développement de la psychanalyse ; les obstacles antisémites tomberaient, on ne verra pas dans la « nouvelle science », une affaire juive, de la superstition juive...
ça ne marchera pas évidement : "nous serons toujours des juifs", dira freud, après la rupture… SS épousera un juif, tout en regrettant de n'avoir pas eu de fils avec Jung...
Notons que freud et Sabina Spielrein doivent effacer tout élément "communautaire", toute appartenance, pour prétendre à la scientificité, c’est la condition de l’universalité de leurs discours...
Dominant, jung a moins de problème à se risquer dans l’irrationnel, dans la religion dominante...
Cronenber, juif et athée, comme freud, emploie la même méthode finalement, celle de la pure objectivité, de la neutralité, de la science… il ne prend pas parti entre les deux mecs,
(il avoue par contre avoir de la sympathie pour Otto, un précurseur des hippies, selon lui)
-au juif, à l'aryen, il faut ajouter l'américain, le pragmatique; c'est à william james que l'on doit le titre du film "a dangerous method"... en 1909, gravement malade, il assiste aux conférences de freud à l'université de clark; il aime pas trop freud, n'y comprend rien : "A man obsessed by fixed ideas. I make nothing in my own case with his dream theories, and obviously “symbolism” is a most dangerous mthod”…
Freud de son côté, lors de ce voyage, dans un entretien avait rejeté une espèce de thérapie psychologique américaine où la religion joue un grand rôle parce que “dangereuse parce que non scientifique”; james, psychologue et religieux, avait de la sympathie pour cette méthode...
Il s'entendra bien avec Jung, parce plus religieux...
un film de notre temps finalement...
freud c'est le discours de la raison, de l'athéisme, contre la religion...idéologiquement
en terme de cinéma, je sais pas...il est vrai que hollywood n'a pas beaucoup hérité de jung, en dehors de kubrick, un juif, et de coppola...
marrant, cronenberg dit avoir vu le film de huston sur freud, à sa sortie, il sait même que sartre a bossé sur le scénario...
(j'ai aussi pensé à godard et à son lac suisse, mais pas très longtemps...j'ai aussi pensé au lac de zarathoustra...jung admirait nietzsche...freud je crois prétendait ne l'avoir pas lu, s'en être toujours tenu à l'écart pour ne pas en subir l'influence...)
dans les entretiens que j'ai lus de cronenberg, wagner a deux fonctions, c'est
-d'une part, la figure romantique du génie, encore très marquante à l'époque; en ce sens, c'est un objet d'identification, pour freud, et jung (comme le sont CC et Galilée)...
-d'autre part, c'est l'antisémite, idole des nazis...
Dans la pièce, ou le script, je sais plus, quand SS demande à jung s'il aime wagner, ce dernier répond "la musique pas l'homme"... cronenberg, pour qui cette réponse (que font généralement ceux qui adorent la musique mais rejettent l'antisémitisme du mec) n'était pas vraisemblable, aucune raison que jung n'aime pas wagner, a modifié la réplique : » l’homme et la musique » ; laissant ainsi entendre que jung était antisémite (ce que pensait freud, d’ailleurs ; ce serait une des raisons de la trahison)
-lors de cette scène wagner : la discussion entre ss et jung n'est pas seulement théorique : SS demande à Jung de lui faire un gosse, un Siegfried juif-allemand, une synthèse des éléments sémites et aryens. Freud, lui, veut faire de Jung un fils en esprit... Le but est le même : relever l'élément juif dans l'élément aryen. Dans l'esprit de freud, stratégiquement, un aryen protestant doué riche et tout est une chance pour le développement de la psychanalyse ; les obstacles antisémites tomberaient, on ne verra pas dans la « nouvelle science », une affaire juive, de la superstition juive...
ça ne marchera pas évidement : "nous serons toujours des juifs", dira freud, après la rupture… SS épousera un juif, tout en regrettant de n'avoir pas eu de fils avec Jung...
Notons que freud et Sabina Spielrein doivent effacer tout élément "communautaire", toute appartenance, pour prétendre à la scientificité, c’est la condition de l’universalité de leurs discours...
Dominant, jung a moins de problème à se risquer dans l’irrationnel, dans la religion dominante...
Cronenber, juif et athée, comme freud, emploie la même méthode finalement, celle de la pure objectivité, de la neutralité, de la science… il ne prend pas parti entre les deux mecs,
(il avoue par contre avoir de la sympathie pour Otto, un précurseur des hippies, selon lui)
-au juif, à l'aryen, il faut ajouter l'américain, le pragmatique; c'est à william james que l'on doit le titre du film "a dangerous method"... en 1909, gravement malade, il assiste aux conférences de freud à l'université de clark; il aime pas trop freud, n'y comprend rien : "A man obsessed by fixed ideas. I make nothing in my own case with his dream theories, and obviously “symbolism” is a most dangerous mthod”…
Freud de son côté, lors de ce voyage, dans un entretien avait rejeté une espèce de thérapie psychologique américaine où la religion joue un grand rôle parce que “dangereuse parce que non scientifique”; james, psychologue et religieux, avait de la sympathie pour cette méthode...
Il s'entendra bien avec Jung, parce plus religieux...
un film de notre temps finalement...
freud c'est le discours de la raison, de l'athéisme, contre la religion...idéologiquement
en terme de cinéma, je sais pas...il est vrai que hollywood n'a pas beaucoup hérité de jung, en dehors de kubrick, un juif, et de coppola...
marrant, cronenberg dit avoir vu le film de huston sur freud, à sa sortie, il sait même que sartre a bossé sur le scénario...

Borges- Messages: 4044
Re: Une dangereuse méthode : surtout pas la peste
-chez malick : l'or du rhin fait sens aussi avec l'eldorado...la ruée vers l'or du nouveau monde... (je vais pas plus loin; je vais plus m'arrêter, sinon...)
-dans le cronenberg, y a aussi un discours sur la valeur, l'argent, masochisme, rétention, avarice, générosité, etc...la psychanalyse c'est aussi une histoire d'argent... la scène où SS paye Jung...comme je disais plus haut, y a une guerre des classes entre jung et freud... la très belle scène où à table jung se sert très généreusement... freud lui fait remarquer la présence de sa famille, que découvre un mouvement de caméra...la famille nombreuse à nourrir...jung s'était servi la part d'au moins trois personnes je crois...plus tard on apprendra que Otto est mort de faim...
-dans le cronenberg, y a aussi un discours sur la valeur, l'argent, masochisme, rétention, avarice, générosité, etc...la psychanalyse c'est aussi une histoire d'argent... la scène où SS paye Jung...comme je disais plus haut, y a une guerre des classes entre jung et freud... la très belle scène où à table jung se sert très généreusement... freud lui fait remarquer la présence de sa famille, que découvre un mouvement de caméra...la famille nombreuse à nourrir...jung s'était servi la part d'au moins trois personnes je crois...plus tard on apprendra que Otto est mort de faim...
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Borges- Messages: 4044
Re: Une dangereuse méthode : surtout pas la peste

deux mondes : deux approches de la religion et de la science...Oedipe n'est pas absent du film de Malick, on l'avait dit...
Dernière édition par Borges le Ven 6 Jan 2012 - 12:31, édité 2 fois

Borges- Messages: 4044
Re: Une dangereuse méthode : surtout pas la peste
j'aime beaucoup le rapprochement de ces deux images; il me semble dire bien des choses; lesquelles? ça reste à dire, penser... on pourrait penser, essayer de penser que la mise en scène du film est là : il s'agit pour cronenberg de faire venir le sphinx sur les devants de la scène , dans le malade, à l'avant du plan, alors que le psy lui occupe la place du sphinx, celui qui sait, et pose les questions; non, pas vraiment, c'est mal dit, c'est pas du tout de ça qu'il s'agit...
c'est nul comme perception
jung occupe la place du sphinx, freud a le sphinx derrière lui, c'est autre chose...
le sphnix, c'est bien entendu l'égypte, dont a triomphé oedipe, en résolvant la question de l'homme...
et alors?
je sais pas
cronenberg dit que la psy a inventé un mode de relation qui n'avait jamais existé jusque là dans l'histoire de l'humanité : celle de l'analyste et de l'analysé, en terme de découpage de l'espace, et de la mise en scène du dialogue, il s'agit de parler à quelqu'un qui ne vous voit pas... que vous ne voyez pas... fin du face à face...
là, sur l'image, dans la scène d'où elle est tirée, Jung ne voit rien des déformations du visage de SS, de ces désarticulations, de cette mâchoire qui s'avance...
je ne sais pas si c'est une nouvelle relation, ou s'il faut la replacer comme le fait foucault dans la suite de la pastorale chrétienne, cette obsession du sexe, du désir...parler du pipi et du caca...masturbation, en ce sens, ce serait moins une histoire juive, qu'une histoire chrétienne, finalement...
la psy n'a pas du tout libéré une parole refoulée mais soumis les gens à une obligation de dire, de se révéler, de parler de leurs sales petits secrets (la masturbation, c'est la grande affaire de SS)
penser ce film avec celui de NM, nous avons un pape...ceux qui ont inventé l'injonction de révéler le sale petit secret refusent de s'y soumettre...la place du souverain; c'est un peu ce que dit la lettre cité par derrida (cf plus haut), freud, le père, le souverain n'a pas à être psychanalysé...
nous parlions de wagner, de la volonté de freud d'avoir une descendance aryenne : rappelons avec wiki que Sigmund Freud est né Sigismund Schlomo Freud et que Siegmund est un personnage essentiel de la tétralogie de wagner...c'est le père de siegfried...

Borges- Messages: 4044
Re: Une dangereuse méthode : surtout pas la peste
freud et son cigare devant, le sphinx derrière... progrès de l'humanité; on passe du blanc au noir; le noir de quel deuil, demanderait baudelaire?
Depuis la fin du Moyen Âge, périodiquement, le noir caractérise le vestiaire masculin. L'étude de John Harvey en cherche les raisons à travers un foisonnement de sources picturales et littéraires, sans négliger les contextes politiques et religieux qui ont pu établir le règne du noir. C'est au XIX e siècle que la conscience en apparaît, sous une forme problématique : pourquoi les hommes (et non les femmes, nous y reviendrons) optent-ils pour la couleur du deuil ? « Symbole terrible », pour Alfred de Musset. Théophile Gautier déplore cette mode « si triste, si éteinte, si monotone ». L'habit noir « n'est-il pas l'habit nécessaire de notre époque, souffrante et portant jusque sur ses épaules noires et maigres le symbole d'un deuil perpétuel ? », écrit Baudelaire. « Nous célébrons tous quelque enterrement ». Le noir, à l'image de la mort, nivelle ; et selon Baudelaire, voilà pourquoi l'habit noir exprime l'esprit de la démocratie. Pourtant, ce ne sont pas les Français mais les Anglais, pas la bourgeoisie mais la haute société qui lancent le noir, celui du smoking, repris ensuite pour les redingotes. Les dandys des années 1820, recherchant dans le noir un air d'élégance et de distinction, seront copiés par les gentlemen : le noir deviendra alors la couleur de la classe dominante. Ce n'est pas la première fois dans l'histoire occidentale que le noir s'associe au pouvoir (...) Durant les périodes où le noir a dominé, les hommes en noir étaient au service d'un pouvoir d'une gravité mortelle », le XX e siècle en fournissant l'exemple « le plus extrême et le plus odieux ».
http://clio.revues.org/index115.html
la femme est en blanc; couleur du sphinx (dont un peu de l'animalité); c'est aussi un peu son attitude, son maintien; ce qui s'affirme, tente de venir à la surface, c'est "l'animalité", celle dont avait triomphé oedipe...
là il faudrait parler de l'hystérique...
mais regardons encore à nouveau cette image, qui dit à la fois le progrès, la certitude du triomphe de la raison, de la civilisation, sur l'animalité, le mélange de l'homme et de l'animal, mais aussi, faisons attention au prolongement de la tête du sphinx vers celle de freud...la continuité...la tête du sphinx est remplacée par celle de freud...on n'échappe pas à la puissance du mythe...
on le verra tout à l'heure
enfin, peut-être

Borges- Messages: 4044
Re: Une dangereuse méthode : surtout pas la peste
on se souvient du moment où jung demande à ss ce qu'elle a éprouvé quand, enfant, son père la "fessait" : du plaisir, jouissance sexuelle, réussit-elle à dire...c'est une des grandes énigmes du film...celle qui annonce le mal pour le mal, peut-être sans jouissance, celui de l'extermination nazie...cette image dit-elle quelque chose dans ce sens...
(derrida)S’il y a quelque chose d’irréductible dans la vie de l’être vivant, dans l’âme, dans la psyché […], et si cette chose irréductible dans la vie de l’être animé est bien la possibilité de la cruauté (la pulsion, si vous voulez, du mal pour le mal, d’une souffrance qui jouerait à jouir de souffrir d’un faire-souffrir ou d’un se faire-souffrir pour le plaisir), alors aucun autre discours — théologique, métaphysique, génétique, physicaliste, cognitiviste, etc. — ne saurait s’ouvrir à cette hypothèse. Ils seraient tous faits pour la réduire, l’exclure, la priver de sens. Le seul discours qui puisse aujourd’hui revendiquer la chose de la cruauté psychique comme son affaire propre, ce serait bien ce qui s’appelle, depuis un siècle à peu près, la psychanalyse.
comparer les positions, celle de ss, celle du sphinx...
les deux hommes en noir et la sphinge/le sphinx; la grèce et l'égypte, à vienne...
ils sont habillés, en noir, elle est "nue"; pq?
pour les mêmes raisons que sur ce tableau?
Dernière édition par Borges le Ven 6 Jan 2012 - 13:16, édité 1 fois

Borges- Messages: 4044
Re: Une dangereuse méthode : surtout pas la peste
Stéphane Pichelin a écrit:
le dernier plan - regard silencieux et immobile de Jung - reprend sans surprise les derniers regards de Mortensens dans A history of violence et Eastern promises.
on peut aussi le mettre en rapport avec le dernier regard de Shame, je crois.
pour moi, il cite surtout, une autre histoire de fils et de père, dans ma mémoire de cinéphile...
le contraire de ceci :
(le refus de la prise de pouvoir, du trône, de l'assise souveraine)

Borges- Messages: 4044
Re: Une dangereuse méthode : surtout pas la peste
Salut Borges,
Juste une question "conne" en passant - ca fait un peu people : dans le libé d'hier, ils parlent de Derrida comme d'un ami de Bourdieu, il me semblait que c'était pas tout à fait ça?
Pas vu le film, je vois plus rien du tout....
Donnez moi dix raisons de préférer des mauvais films à - pour partie, la lumière réelle.
Et dernier point technique, il devait pas adapter Cosmopolis de Delillo?
Juste une question "conne" en passant - ca fait un peu people : dans le libé d'hier, ils parlent de Derrida comme d'un ami de Bourdieu, il me semblait que c'était pas tout à fait ça?
Pas vu le film, je vois plus rien du tout....
Donnez moi dix raisons de préférer des mauvais films à - pour partie, la lumière réelle.
Et dernier point technique, il devait pas adapter Cosmopolis de Delillo?
IQI- Messages: 57
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