The artist : "Speak !"

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The artist : "Speak !"

Message par Eyquem le Dim 30 Oct 2011 - 12:11



On se demande à quel moment le cinéma d'Hazanavicius va devenir parlant. Tout le monde a remarqué que son dernier film était muet, mais les précédents l'étaient aussi, à leur manière : que ce soit "La classe américaine" ou les deux OSS, il n'y avait pas une seule ligne d'Hazanavicius dedans, tout le dialogue n'était qu'un collage absurde de citations, de clichés, de jeux de mots au nième degré, qui s'emparaient des personnages comme de marionnettes. C'étaient des films parlés mais certainement pas des films parlants.

Il y a peut-être quelque chose qui force l’admiration dans sa démarche, dans cette timidité qui lui fait reculer le moment où enfin, il dira tout ce qu’il a à dire, et qu’il n’ose pas encore dire, parce qu’il ne sait pas comment le dire. C’est comme un peintre qui peindrait en noir et blanc, par peur d’aborder la couleur. Ou comme Chaplin, qui mit trois films et dix ans, avant de se jeter dans le vide. On attend le moment où Hazanavicius fera son discours du Dictateur.


(en attendant, on s’emmerde un peu. C’est pas terrible du tout, "The artist" : le cinéaste a peut-être retrouvé le sens du cadrage du muet, mais pas du tout son sens du rythme. Le film a quelques bonnes scènes, mais il est beaucoup trop lent.)


(quant au défi de réaliser un film muet, il semble que ça revienne cycliquement, tous les 10 ans environ : Mel Brooks en 76 (La dernière folie...), Charles Lane en 89 (Sidewalk stories), Kaurismaki en 99 (Juha). Sans oublier Guy Maddin.)



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Re: The artist : "Speak !"

Message par Leurtillois le Dim 30 Oct 2011 - 12:38

Hello Eyquem,

(N'avoir rien à dire, ou ne pas savoir comment le dire, ça me semble pas vraiment un problème, du moment que "tu vois ce que je veux dire" Smile )

D'après les images de bande-annonce (très "publicitaire", waouh, formidable, un film muet et en noir et blanc, qui va faire des entrées, la classe), on a l'impression qu'il s'agit pas tant d'un "film muet", comme les "défis" que tu cites, que d'un film fétiche, à la manière de.

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Re: The artist : "Speak !"

Message par balthazar claes le Dim 30 Oct 2011 - 13:21

Même impression que toi, E.

Quelle définition de l'artiste donne le film ? Ce n'est pas UN artiste qu'on nous propose mais LE artiste, spécimen exemplaire et complet, mètre étalon de l'espèce. UN artiste c'est donc ici quelqu'un qui ne peut pas se voir, se reconnaître, comme UN artiste, mais comme LE artiste, le seul, l'unique, le vrai. C'est quelqu'un d'orgueilleux et naïf, qui se berce d'illusions, qui ne sait pas changer, un non-moderne radical. L'artiste est innocent, l'artiste est passéiste, l'artiste c'est quelqu'un d'arrière-garde. Un vieil enfant, qui a du mal à admettre le principe de réalité. Pas exactement mégalomane, il est avant tout fidèle à lui-même, à la répétition à l'identique de son image : c'est Narcisse. Bien sûr qu'il n'a rien à dire, puisque parler serait ajouter quelque chose à lui-même, ajouter une légende à côté de l'image ; ce serait un fâcheux supplément, une disgracieuse biffure, une ride.

L'artiste n'a pas d'histoire, et les films qu'il tourne, les rôles qu'il incarne, les récits qu'il expose n'ont pas la moindre importance, on peut tout jeter de ses "oeuvres", qui ne méritent pas ce nom. La bobine qu'il choisit de sauver n'est pas celle du film qu'il a réalisé : il préfère conserver des prises ratées. Il ne s'intéresse pas du tout à l'art cet artiste, il s'intéresse seulement au travail qui consiste à dissimuler le travail. L'art est ici le travail qui consiste à effacer ses pas, à taire l'origine. La seule mission de l'art est de produire du kitsch. Le kitsch permet au public d'oublier ses soucis pour un instant. On ne peut pas en demander davantage.

Le film professe cette morale, et ne dissimule pas trop, du coup, sa morbidité. Il est en effet d'une lenteur pénible, tout se passe au ralenti. Le scenario est à deux doigts de se figer dans la rigidité cadavérique. La scène où TA découvre ses anciens meubles est glaçante. TA réalise tout à coup que sa vie est une espèce de chose empaillée, imitation of life... Mais the world is a stage, the stage is a world ; the show must go on ; et déjà c'est le changement d'heure, chutent les feuilles dans le vieux cimetière ; enfin c'est pas vraiment la marrade.

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Re: The artist : "Speak !"

Message par wootsuibrick le Dim 30 Oct 2011 - 17:44

Eyquem a écrit:

(quant au défi de réaliser un film muet, il semble que ça revienne cycliquement, tous les 10 ans environ : Mel Brooks en 76 (La dernière folie...), Charles Lane en 89 (Sidewalk stories), Kaurismaki en 99 (Juha). Sans oublier Guy Maddin.)




et l'un des sketchs de three times de Hou Hsiao Hsien...
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Re: The artist : "Speak !"

Message par Eyquem le Dim 30 Oct 2011 - 18:32

'jour Leurtillois,
Leurtillois a écrit:on a l'impression qu'il s'agit pas tant d'un "film muet", comme les "défis" que tu cites, que d'un film fétiche, à la manière de.
je ne sais pas exactement ce que c'est, le fétichisme, mais on en avait parlé à propos de Drive et déjà, c'était pas un film très causant.

salut B,
Le film professe cette morale, et ne dissimule pas trop, du coup, sa morbidité. Il est en effet d'une lenteur pénible, tout se passe au ralenti. Le scenario est à deux doigts de se figer dans la rigidité cadavérique. La scène où TA découvre ses anciens meubles est glaçante. TA réalise tout à coup que sa vie est une espèce de chose empaillée, imitation of life...
C'est juste, mais plutôt que Sirk, le film cite Vertigo, dont il reprend intégralement un des thèmes musicaux dans une séquence :
http://www.youtube.com/watch?v=ytC5jUBpMls
J'ai trouvé ça gonflé, et la scène ne marche pas pour moi tellement la musique me sort du film. Pourquoi Vertigo ? Scottie transformait Judy en revenante, en une image silencieuse ; là, c'est l'inverse, c'est l'héroïne qui ramène l'acteur à la vie, en le faisant jouer dans un film parlant.

(Hitchcock, c'était déjà la référence des OSS)
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Re: The artist : "Speak !"

Message par adeline le Jeu 3 Nov 2011 - 19:06

Hello ici,

je suis d'accord avec vous sur le fait que c'est un piètre film, assez ennuyeux, qui ne dépasse jamais le pastiche, et même se noie dedans. Il y a Hitchcock bien sûr, avec exactement la même musique que Vertigo, c'est presque à n'y pas croire. Mais tout le film n'est qu'une énorme redite, même pas vraiment une variation.
Le début, c'est Chantons sous la pluie. La première à Hollywood, la partenaire que Valentin empêche de saluer le public, l'incident avec la fan, etc.
Ensuite, c'est Citizen Kane : la relation avec la femme est calquée sur les scènes de Welles.
Puis il y a Sunset Boulevard, l'artiste dépassé par le temps, emprisonné par le muet, etc.
Et re Citizen Kane : le dézoom en plongé sur les meubles couverts d'un drap.
Etc., ceci n'est évidemment pas exhaustif tellement Hollywood a aimé se filmer.

Mais on dirait qu'Hazanavicius n'en a rien à faire de l'histoire qu'il raconte, de ses personnages… Tu te demandais Eyquem, pourquoi Vertigo. À mon avis, il n'y a pas de raison intrinsèque au film, de même qu'il n'y a aucune raison intrinsèque au film pour qu'il tire ses scènes de films aussi différents que Citizen Kane, Chantons sous la pluie, Sunset Boulevard et Vertigo.

Et puis, le noir et blanc est d'un gris très moche…

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Re: The artist : "Speak !"

Message par Invité le Jeu 3 Nov 2011 - 20:42

hello,
c'est pas ta semaine !
lol

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Re: The artist : "Speak !"

Message par balthazar claes le Ven 4 Nov 2011 - 10:39

Les références s'accumulent autour de cette scène du dévoilement, c'est curieux, sans doute le film tourne bien autour de cette scène...

Au sens psychologique, on pourrait dire que ce qui se passe, c'est que le personnage découvre, horrifié, que la femme "de sa vie" l'aime sur le mode même de son narcissisme, qu'elle l'aime comme mort, ou comme fétiche, puisqu'elle fétichise les objets lui ayant appartenu ; "dans son dos", elle se contente de posséder les meubles qu'il possédait. Elle l'aime comme image, leur idylle est une sorte de songe, ou de fantasme nécrophile...

Au sens métapsychologique, il s'agit tout de même de soulever des draps blancs. Le film commence par une scène où TA se tient derrière le drap blanc de l'écran pendant une avant-première. Le scénario (optimiste) est celui de sa traversée de ce voile, de son retour au réel. Mais on a envie de dire que ça n'en reste qu'au voeu pieux du scénario, que ça n'arrive pas vraiment dans le film.

Pour parler de ce film, il faudrait beaucoup parler du titre, et de l'acteur, ce Jean Dujardin, l'homme-consensus, "Un Gars". Comment fait-on pour passer de "un gars" à "the artist".

Dire aussi que dans ce titre "the artist" on peut entendre un rire grinçant et plein de ressentiment, à la fois vis-à-vis de l'art, et d'une franchouillardise pensée comme tellement moins bien que les ricains, avec entre autres la présence de tous ces acteurs de répertoire hollywoodiens. (on peut imaginer que TA ne peut pas faire le passage au parlant parce qu'il a un accent français)

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