La guerre est déclarée (Valérie Donzelli - 2011)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

La guerre est déclarée (Valérie Donzelli - 2011)

Message par adeline le Mer 19 Oct 2011 - 18:35

C'était sans doute la musique dans la bande annonce qui me donnait envie d'aller voir "La guerre est déclarée". Et puis j'aime beaucoup les mélos.

Mais vraiment, le film n'a rien à voir avec ce qu'en disent les critiques parisiens. Je dis parisiens parce que la chose que j'ai le plus sentie dans le film, c'est une sorte d'éloge à la vie des "bobos" (mais je n'aime pas trop ce terme), à leur force, leur ingéniosité, leurs amis, leurs familles lorsqu'elles sont aussi bobos (il faut voir comme les parents de Juliette, qui sont vraiment bourgeois et pas du tout "bobos"s sont égratignés).
C'est un monde où une histoire d'amour se vit forcément un soir au Café chéri(e), une après-midi au musée d'Orsay et l'autre au jardin du Luxembourg. Un monde où pour se détendre on fait la fête dans un appartement parisien bondé, où tout le monde s'embrasse et fait des blagues au troisième degré. En soi, tout ceci n'est que la vie, il n'y a rien de critiquable à s'embrasser sous un abribus de Belleville. Mais le film ne fait jamais de ce monde le monde. Il est trop défini, trop centré sur le mode de vie pour s'en échapper, comme si le désir du film de faire de cette histoire un conte, une fable pour quitter l'autobiographie échouait dès le début, dans la surgéolocalisation de l'histoire. Au bout d'un moment, c'est agaçant.

La musique est belle, mais rares sont les moments où elle n'est pas utilisée pour faire tenir le reste. Il y a mille scènes qui sont juste des petits clips charmants, absolument inconstants.

L'histoire est celle de la maladie d'Adam, une tumeur au cerveau qui s'avère être maligne, et de la manière dont les parents d'Adam, Roméo et Juliette (il faut vraiment le faire ; à mes yeux, c'est d'une lourdeur sans nom, et je ne trouve pas qu'il y ait là un courage particulier à "oser" le symbole. Trois prénoms ne suffisent pas à rendre universelle une histoire, si tel était le désir), vont se battre pour leur fils. Donzelli dit qu'elle a écrit le scénario en racontant une histoire d'amour, et non pas l'histoire de la maladie. C'est dommage, parce qu'en chemin, elle a oublié l'enfant. Le petit n'est là que comme élément déclencheur du scénario (je ne sais pas comment on dit en narratologie), il est absent la plupart du temps. Jamais n'est rendu sensible en lien avec lui l'amour que ses parents lui portent, jamais on ne sent dans ce petit être une personne définie avec son caractère, ses angoisses, ses rêves, sa vie. Il n'est que "le fils malade" du couple. Et lorsque, avant l'opération, de manière appuyée son père et sa mère lui parlent pour lui expliquer ce qui l'attend (juste avant qu'ils soient séparés, qu'il entre au bloc), on croirait à une application laborieuse de Dolto.

Et utiliser l'hiver des Quatre saisons lors de l'annonce de la maladie en montage alterné, Juliette qui téléphone, et la réaction des gens à qui elle parle, c'est tout aussi "osé", mais c'est tellement gros que ça crispe dès le début de la scène. C'est la scène où il est impossible de ne pas pleurer. Du coup, d'autres scènes, comme celle de la fin sur le morceau de Peter von Poehl paraissent suspectes, l'émotion ne viendrait-elle pas uniquement de la musique ?

Parce que malgré la volonté de distance, d'humour, le désir de filmer "la vie plus forte", c'est un vrai film tire-larmes.

Il faut reconnaître une bonne dose d'inventivité, même si elle échoue, à mon avis, très souvent. Qu'est-ce que c'est, ces voix off complètement niaises (il en faut, du talent, pour écrire une vraie voix off) ?




adeline

Messages : 3000

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La guerre est déclarée (Valérie Donzelli - 2011)

Message par Invité le Lun 9 Avr 2012 - 2:46

Vu, et pas tout à fait la même perception que toi, Adeline, même si sur certains points hautement agaçants, je te rejoins (le côté "tout le monde est solidaire", tous les sentiments sont beaux, l'entourage est formidable, etc. Mais en même temps, les familles qu'on nous présente ne sont pas si "bobos", vraiment; ça sonne assez juste, enfin de mon point de vue: on a pas trop envie de leur fiche des claques. J'ai bien aimé les "parents" des uns et des autres... Les Parents de la fille, bourgeois, étaient montrés sous un jour sympathique, pour moi).

J'ai pas senti cette mise à distance de l'enfant. J'ai trouvé que ce choix de mise en scène rendait au contraire l'enfant très présent, constamment présent, fut-ce "in absentia", montré comme il fallait, ni trop ni trop peu.

Dans le bonus, Donzelli et Elkaïm reviennent là-dessus: ils ne voulaient pas cette prise d'otage du spectacteur qui aurait consisté à mettre en évidence la souffrance physique de l'enfant, les stigmates de la maladie suscitées par la chimio, la dégradation: on aurait hurlé, alors, à la complaisance, à l'exploitation, à l'instrumentalisation des affects et de cet enfant (d'autant que c'est leur propre histoire, vécue en commun, et que l'enfant en est sorti guéri. Ce n'était pas la peine d'insister complaisamment sur l'épreuve qu'a subi cet enfant.
Le ton du film refuse cela et ici, on peut dire, me semble-t-il, selon les formules journalistiques souvent utilisées à contresens, qu'on évite les écueils du misérabilisme, de la complaisance, du racolage affectif.

Moi, j'ai aimé ce beau mélo, pas mortifère, qui fout la pêche, fait rire et pleurer, à propos d'une épreuve douloureuse vécue par ce couple, mais où c'est la pulsion de vie qui irrigue le film. On rit et on pleure, parfois en même temps. Ils osent rendre comiques des scènes qui, traitées selon les codes habituels du mélodrame hospitalier, seraient bien douteuses ou sinistres.
Le parti pris est romanesque-action, plutôt que conte ou fable.

Les scènes, justement, où les parents essaient d'être conformes à la méthode dolto, je les ai décodées comme comiques parce que, justement, ils sont ridicules, inadéquats, et c'est bien ça qui nous est suggéré. Ils essaient d'être à la hauteur sans jamais y parvenir, et ça les rend proches de nous, cette succession de maladresses accentuées par une volonté de maîtrise too-much et inopérante. Ce qu'il vivent est tellement tragique, au delà de ce que peut supporter toute personne qui n'est pas taillée pour la tragédie (c'est bête ce que je dis: personne n'est taillé pour la tragédie), que leur comportement devient source d'un comique burlesque à contrepied.

Par exemple: la scène - terrible (mais poilante!), je trouve - où le fameux docteur "sainte rose", sorte d'archétype parodique du bon chirurgien sauveur, leur annonce une nouvelle dont une moitié semble tellement réjouissante qu'elle les empêche de bien saisir le contenu de l'autre moitié, qui, elle, est absolument atroce: le jeu du décalage, dans cette scène de "dénégation" des parents, produit un effet comique, sincèrement comique, et pas dans le registre honteux du "on se moque de la souffrance des gens": non, on rit sans arrière pensée, parce que c'est inintégrable, inassumable, comme une farce trop grosse, et pourtant on ne cesse d'être ému.
Il était facile de tout plomber dans le style "l'arbre de Noël", avec Bourvil, ou encore "le petit prince a dit".


Les voix-off: c'est vrai qu'elles sont ridicules, et leur texte, encore pire. Mais bizarrement, là encore, pour moi, c'est passé. Que pouvait-il se dire d'autres que des banalités et des formules de circonstance, des redondances... Mais du coup, paradoxalement, ça ne nuit pas (trop) à l'émotion, ça l'accompagne sous forme d'une maladresse supplémentaire (maladresse un peu trop maitrisée même, dira-t-on non sans raison: c'est un truc de mise en scène, bien sûr. Et ça vient de Truffaut, on le sent bien aussi - les deux anglaises). Mais bon, ça participe à ce petit ton "action romanesque échevelée".

Non, vraiment, pour moi: chouette mélo-romance autobiographique avec un final, sur la plage, qui aurait pu être 1000 fois neu-neu, à la sauce Lelouch, mais qui m'a super-ému, en vérité. L'enfant de 8 ans, dans cette scène: c'est leur vrai fils, celui qui a vécu toute cette épreuve puis cette rémission quasi-miraculeuse... ça donnait une belle force émotionnelle, la présence de ces trois là, de dos, sur cette plage... Bouhouuu (chialé comme une madeleine... lol)

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: La guerre est déclarée (Valérie Donzelli - 2011)

Message par Invité le Lun 9 Avr 2012 - 8:18

Adeline a écrit :


La guerre est déclarée (Valérie Donzelli - 2011)
par adeline le Mer 19 Oct 2011 - 20:35

quelle date étrange pour hier ?

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: La guerre est déclarée (Valérie Donzelli - 2011)

Message par Largo le Lun 9 Avr 2012 - 10:19

Ho j'aime bien quand on sent le petit coeur qui bat dans les entrailles du grand méchant Jerzy Very Happy
avatar
Largo

Messages : 3181

Voir le profil de l'utilisateur http://www.raphaelclairefond.com/

Revenir en haut Aller en bas

Re: La guerre est déclarée (Valérie Donzelli - 2011)

Message par Invité le Lun 9 Avr 2012 - 19:25

Maintenant, au delà de ma sensibilité d'écorché vif, Adeline a raison sur pas mal de points. Y a bien des choses qui passent pas. Notamment le moment "Christophe Honoré" (rhaa), puis la crise trop Carax-genre du gars Elkaïm dans les escaliers. Les vraies douleurs sont un peu moins... spectaculaires.

Faut dire une chose: comme d'habitude, je ne savais rien du film. Mon idée fausse, en mettant le dvd, c'était que ça racontait une "guerre conjugale", comme un film d'horreur comique, à la "guerre des Rose" de De Vito. J'ai donc été surpris, je m'attendais pas à cette histoire là. Si je m'y étais attendu, j'aurais peut-être été plus méfiant... Wink

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: La guerre est déclarée (Valérie Donzelli - 2011)

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum