MBK et le "machisme transcendantal"

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MBK et le "machisme transcendantal"

Message par Invité le Sam 8 Oct 2011 - 23:06

("hello kitty from enculture" says: tiens c'est marrant je lisais il y a 30 mn un texte de Mehdi BK sur le machisme transcendantal de Badiou

(A propos de ce MBK, pop-philosophe de chez Technikart, j'ai retrouvé mes deux derniers posts émis 25 minutes avant le split de cdc:)




Le texte grotesque et hystérique reproduit ci-dessus [un texte de MBK sur la révolution tunisienne], publié sur le site "la règle du jeu", donc (fallait le préciser), semble avoir été rédigé sous l'emprise d'une demi-douzaine de champignons hallucinogènes.

Ce MBK est véritablement le Frégoli de la "philosophie" montée en kit, une sorte de girouette multidirectionnelle de compétition.
La palme de l'obscénité lui revient peut-être, bien plus qu'à Badiou. Car il se vautre, pour le coup, dans des jaculations métaphysiques complètement déréalisées, celles là même qu'il reproche à ses anciennes amours fusionnelles.
Kant... blablabla... Hegel... blablabla... Luther... Sainte trinité... Rousseau... blablabliblibloblo... Quel rapport, au juste, avec ce qui se passe?

Il s'imagine sans doute "penser" à la hauteur de l'événement, embrasser l'Histoire en marche, mais qui trop embrasse mal étreint. Graphopathie, opium des autodidactes. La patience du concept, y connaît pas. Monsieur est trop pressé, il croit que l'urgence justifie n'importe quel délire, papillonnage nerveux.

Complètement à l'ouest, même pas dans le ciel des idées pures platoniciennes, mais planant là-haut, tout là-haut, dans la constellation des jeux de mots sonores: bout d'ficelle, selle de ch'val, ch'val de course...


Ce type est visiblement un hystérique, dis-je plus haut: il passe son temps à se chercher des maîtres. Il s'en est donc trouvé un nouveau: BHL, davantage à sa portée.

Un nouveau clan, en attendant le suivant: les anciens-nouveaux philosophes. Sa prochaine illumination/révélation, en compagnie du "maître-penseur" André Glux, ce sera que Hegel est le ferment du totalitarisme, etc. Il nous pondra donc inévitablement 5 kilomètres de prose pour faire son erratum.


Qui sera le prochain? Patrick Sébastien? Il est bien parti.




[...]

Mais revenons un instant sur cette affaire d'idolâtrie.


Hystérique, c'est au sens ici de Lacan, pas de Charcot: célébrer le phallus (logos) du maître élu (l'universitaire), tenir haut son sceptre comme un ostensoir, l'adorer et le cajoler, et dans l'opération même, le tenir en échec, défier son savoir en démontrant son impuissance devant la jouissance, laquelle est "au delà du savoir". Mutique, ou, dans son envers symétrique: logorrhéique.

Bref, le couple infernal du maître et de l'hystérique.

De ce point de vue, MBK est une super danseuse-étoile se consumant passionnément sur les feux de la rampe.



Chaque penseur important a ses perroquets idolâtres lui vouant un amour embarrassant et encombrant, convulsif, par ailleurs toujours menacé de désaveu. Puis ils s'en vont "délirer" sur un autre objet.

Deleuze a ses "deleuzolâtres", Derrida ses "derridolâtres", Lacan ses "lacanolâtres", Badiou ses "badiousolâtres", Heidegger ses "Fédier", etc.
J'en ai vu, et entendu, se réunissant dans des séminaires pour des séances de "jeux de mots" en circuit fermé. Mauvaise imitation de psychose pour colloques de colloqués. Locus solus, mais sans Roussel. Et sans le K. Roussel, pas de têtes qui tournent (hihihi).


Mais la pensée de ces 6 là, pour ne citer qu'eux, ne se réduit pas aux esthétiques et postures rhétoriques qu'ils suscitent.


Dans une de ses œuvres maitresses, "antiscolastique et philosophie" (consultable en son épilogue ici: http://data6.blog.de/media/467/4971467_bf6b07ad34_d.pdf ), pierre angulaire décisive du système philosophique pensé personnellement par lui-même, suite à sa formation accélérée sous l'égide protectrice de Badiou, Nancy, "Lacoue", et qqes autres, grandement stimulé dans sa graphopathie, MBK réussit le triple tour de force consistant:

1) à enfoncer des portes largement ouvertes depuis des lustres en s'imaginant béatement percer des coffres-forts scellés avec de la colle super-U;

2) à réinventer quasiment à chaque ligne le fil à couper le beurre, en énonçant par exemple des audaces fracassantes, du genre l'homme a rompu avec son animalité, c'est pourquoi j'ai l'intention d'inventer une théorie nouvelle dont je pressens les linéaments dans Hegel: une anthropologie fondée empiriquement sur la négativité qui se révèle dans la dialectique du m. et de l'e. alors que chez Badiou la négativité est a priori. Et ça, c'est moi tout seul qui l'ai pensé, car j'applique la pensée de Badiou dans la réalité, moi. Et si tu veux, bon, j'ai trouvé des éléments dans Jean-Luc Nancy qui m'ont un peu inspiré cette idée nouvelle, mais sinon, pour l'ensemble, c'est moi et c'est que moi, etc;

3) à maintenir cette exigence de pensée tout au long de l'ouvrage, et ainsi frayer avec une audace inouïe des chemins de traverse où jamais la main du serpent ne s'est aventurée à mettre le? à mettre le? Le pied, voyons, rhooo. Y a en 3 qui suivent.

Lisons un passage, quasi au hasard, instructif sur la problématique fort datée de l'hystérie.
Nous semblons pénétrer ici, à pas feutrés, dans un couvent clos, où un jeune séminariste au charme fou, élevé en anaérobie par frère Tocq, un vieux lacanien "macho", et frère Luc, un vieil heideggerien manquant de tonus, graphopathise le soir venu, dans son journal intime, sa joie émue d'être en passe de dynamiter la pensée française contemporaine internationale:

"cher journal, Dioudiou est rien qu'un vilain macho qui pense toujours avoir raison, et Jeannot est bien trop occupé à astiquer les hosties au presbytère pour s'occuper de moi, etc".

On évoquait "Canine", et aussi "le village", l'autre jour. Des fictions ou contes, sur le principe d'une didactologie, disons, dans un univers cadenassé, où on élève ses poussins en batterie. Alors, forcément, le poussin, un jour, il veut ouvrir la cage aux oiseaux, et se laisser s'envoler, c'est beau, pour inventer par exemple l'introduction à la lecture de Hegel de Kojève, dans sa version la plus pauvre, "fukuyamienne", etc, mais le déduisant à partir de Badiou, non, plutôt Nancy, non, plutôt Lacoue, non, plutôt...


(attention, ça fait peur)


Blablablabla… Je pense que nous sommes, et de plus en plus, au moins d’accord sur un point : il est très dangereux d’ontologiser le politique. Dangereux pas parce que cela risquerait de nous conduire à on ne sait quel désastre (le désastre est ce qui est là de toute façon, tout le monde est d’accord là-dessus), mais tout simplement parce que la politique anthropologique (y en a-t-il une autre ?) n’a rien d’ontologique, mais est, éventuellement, une conséquence de l’aptitude qu’a l’animal humain de s’approprier l’être (par l’ontologie mathématique justement, mais entre autres, dois-je loyalement tenir « contre » Badiou). Blibliblablabloblo… Pour Badiou, l’événement est « simple » rupture avec l’Origine. Ce que pense Rousseau, c’est : l’Origine comme rupture avec l’Origine. Telle est la différence radicale de ma conception de l’événement et de celle de Badiou, toutes proportions gardées par ailleurs, comme on dit. C’est en rompant avec l’Origine animale que s’origine la politique, c’est-à-dire « l’inégalité entre les hommes ». (Plus radical encore, ce qui ne peut que « déplaire » à Badiou : c’est à l’être-à-la-science qu’on « doit » l’existence du politique dans la clôture anthropologique, c’est-à-dire expropriation, servitude, torture, guerre, etc. Voire : la politique tout entière est une mimèsis de la science. Cela, je l’ai démontré philosophiquement, dans une toile sophistiquée d’inférences et de déductions précises, et pas simplement assené sans arguments, comme le fait toujours la mauvaise philosophie. Blublubblobloblabla…. Mettons les points sur les i. Ma médiation globale de l’événement, mes conceptions de la subjectivation, de l’Origine comme co-dépendance des procédures génériques entre elles (pour Badiou, tout est séparé, et notamment les « vérités » : c’est ça aussi que j’appelle « machisme transcendantal », et même pas en mauvaise part : ma pensée qui n’est certes pas une « philosophie positive »- est plus « féminine » de ce point de vue, interrogeant les procédures de vérités dans leur co-dépendance organique : j’y reviendrai plus loin), la dialectique métaphysique que j’organise de la Mort (appropriation d’être et pathétique Ŕtragique- du disparaître sont rigoureusement -« mathématiquement »- proportionnés3), donc de la « vie », etc., ma pensée, ne t’en déplaise, ne doit plus rien à Badiou. Son concept de vérité, et lui seul, reste entièrement le mien, c’est-à-dire que je l’applique. Mais je l’applique, et c’est à ce détail que tout se joue, à des vérités négatives autant que positives (plus exactement : à la négativité comme condition de production des vérités positives).Blablabla etc


(Ceci logé dans d'interminables méditations en "free style", où l'auteur s'exhorte à réfléchir intensément sur la place et l'importance de l'hystérie féminine dans la quadraturation "papa, maman, la bonne et moi". Là on est dans du Feydeau, très 19è, ce qui fera plaisir à N.C. Il va alors dérouler une quête fébrile de son identité entre Deleuze "le maso" et Badiou le "macho". Et s'il était la part maudite de ceux là, le principe "féminin" hystérique qui transgresse ce bel ordonnancement duel, tenant en échec ces deux positions. Hein? Hein? Soit une "Aufhebung" à lui tout seul, une suppression-conservation-dépassement d'onc'dioudiou et d'onc'gillou. Bref, c'est lourd de conséquence sur l'avenir du philosophème à la rue d'Ulm, et donc l'Aufhebung de la métaphysique occidentale elle-même. Mais j'avoue, tendant la verge pour me faire fouetter, que je n'ai pas suivi jusqu'au bout cette scolastique œdipienne passionnante)



Oui. C'est plus terrifiant qu'une astounding story de Bradbury ou de Julien Green (genre "le voyageur sur la terre"): un jeune homme déjà vieux est séquestré par un oncle gâtique dans un manoir, ou un monastère, voulant à tout prix en faire son secrétaire particulier, et le modeler à son image.
Mais le jh déjà vieux se rebiffe, il fait des rêves fous et fulgurants. Il imagine en son for intérieur des paysages philosophiques nouveaux, jamais pensés. Et il sent, depuis quelque temps, sa beauté et sa jeunesse flétrir au contact du vieux crouton qui radote avec ses histoires d'axiomes purs, thésiques.

"rhoo et crotte à la fin, n'y en marre hein. Je me suis laissé dire que de l'autre côté du pont, dans la maison à Bernard-Henri, ça bande un peu moins mou, hein. Bernard Henry me fait des œillades langoureuses, ces dernières semaines, suite à la révolution en Tunisie et tout ça. Genre de me dire, tu vois Mehdi, il est temps de rallier la cause pour laquelle nous nous battons, depuis Soljénitsyne, la Serbie, le Darfour. Rejoins-nous! Laisse tomber ce vieux stalinien antisémite qui t'empêche de profiter de la vie.
Un peu moins de rigorisme militaire, grands dieux, qu'on s'amuse un peu, mais on étouffe dans cette caserne, à la fin. Y a pas d'mal à s'faire du bien. Il faut que je change de crèmerie, sinon je vais péter un câble. Dioudiou passe toutes ses soirées à remater sa vieille vhs de Dirty Harry; tu parles de soirées glamour, hein. Non, mais on s'enkyste, ici. Et j'ai plus le droit de sortir après 23 heures, soi-disant comme quoi je manque de discipline et d'assiduité aux séminaires de dioudiou. ça devient lourd, vraiment. Je ne le su-pporte plus. Et toujours négligé, dans son horrîîîîble pull jaune en laine mitée, sous prétexe qu'on doit se serrer la ceinture, faire des économies pour la révolution, et patati et patataaa. OooOh, la barbe!"


D'ailleurs, la scène de ménage s'intensifie, à l'heure où je vous cause, sur nos téléscripteurs, à une échelle intime qui tutoie "le sens de l'histoire". Il s'agit de laver son linge sale familial à la face (passionnée) du monde. Un mini-opéra transgressif circonscrit à une aire géographique allant de l'école à la garderie.
Pour qui fantasmait encore, sur ce cas, un enthousiasme kantien désintéressé devant l'événement révolutionnaire, y a plus vraiment à tortiller.
Biberonné et cerné par des "processus de subjectivation" gouvernés par les schèmes du lacanisme où le nom du père a remplacé mon papa, KMB se libère, en gesticulant, de ses manceps, et prend à témoin l'Histoire universelle, que désormais, il vole de ses propres ailes. On est content pour lui, mais qu'est-ce que ça peut bien nous faire?

Ce qui surprend toujours, et laisse songeur, c'est cet incroyable nombrilisme non-copernicien, depuis lequel il ne doute pas que ses propres miasmes intimes et règlements de compte intra-psychiques se hissent à la hauteur d'une bio-graphie philosophique éclairant le monde (on songe ici à l'auto-mise en scène de bhl vivant sur le terrain les convulsions du monde en tant que super-reporter), de type nietzschéenne ici, et aussi gigantomachique que la lutte à main nues de Frodon contre les Nazgûls.

Nous vous tiendrons au courant, minute par minute, de ce violent conflit armé qui vient d'éclater, à l'angle de la rue d'Ulm et de la rue Soufflot. Il concerne le destin de la métaphysique occidentale.


Mieux vaut en rire, avant d'en pleurer. En exclusivité, et bientôt chez Mireille Dumas:


Lu les textes de Badiou et Zizek sur la Révolution tunisienne. Plus nuls encore que prévisible. Pas même la peine de réagir à chaud. Le 1789 du monde arabe. Un coup d’arrêt à l’islam politique, contrairement à tout ce que veut faire croire la propagande occidentale, et par exemple – à chaud – la pathétique tentative de récupération d’Ahmadinejad, qui sent que les mois, au « mieux » les années, du parti-État des mollahs sont comptés. Une commune à l’échelle de tout un pays. Un mai 68 réussi. Peut-être la première Révolution situationniste de l’Histoire. Lotta continua, enfin non dévoyé… Je continue à m’amuser, paresseusement, – j’écris énormément sur la situation, quand je peux, par ailleurs ; ça ne fait que trois jours, une éternité –, pour ce blog, en vous recopiant la lettre écrite à la chère badiousiste insultante. Je me dis parfois que je suis d’une courtoisie exquise… Je vous dirai la prochaine fois ce qu’elle a osé me dire. « Alain n’a pas mis deux jours, par exemple, pour sortir sa fraisière : il a dit, devant de proches amis, que je sortais un livre « commandité » par BHL, sic. Archifaux : c’est moi qui suis allé vers BHL. J’ai très vite su que ce serait lui mon éditeur, et je ne le regrette pas. J’ai attendu deux mois avant de lui présenter quelque chose – il ne s’attendait même pas au contenu… –. Il est archiprofessionnel, et j’ai d’ores et déjà hâte de publier d’autres choses chez lui, loin du funeste cas d’Alain B. Qu’en l’occurrence, je lui rende un service inestimable (lui a même dit : « miraculeux »), c’est ça que j’appelle : ne pas faire son oie blanche, comme l’autre tout le temps (l’Incorruptible, la Vertu, le Bien sans mélange, les Vérités éternelles, etc., de la part d’un personnage qui est le démenti vivant de tous ses mots). Le secrétaire de BH m’avait demandé un texte pour La règle du jeu, à l’insu même de son patron (numéro où se trouvent nombre de personnalités parfaitement de gauche…) et en le rédigeant (je sortais d’une assez grave dépression, à cause de tout ça) a très vite germé l’idée d’un livre auquel je songeais depuis des années, pour lequel j’accumulais des notes dont je ne parlais à personne ; le livre est sorti pour ainsi dire d’un jet, à la Nietzsche. C’est une des références constantes du livre : la rupture de Nietzsche avec Bayreuth. La « réhabilitation » actuelle de Wagner tentée par le maoïste français et le stalinien slovène a, tout de même, un sens idéologique malheureusement très précis. C’est la moindre des responsabilités éthiques d’un philosophe qui a lu que de dire aux gens : il y a des philosophes, sur la question, bien plus puissants que ces deux-là : Adorno (« Quasi una fantasia », « Essai sur Wagner »), Lacoue-Labarthe (« Musica ficta »). Et bien sûr Nietzsche. Et il était de mon devoir de me donner le maximum de moyens pour être entendu là-dessus. Le fait que j’ai été « ami » – je vais quand même revenir sur cette appellation… – avec Alain Trucmuche ne fait que me justifier davantage à prendre mes responsabilités sur ce point. Mon livre n’a rien à voir avec tous ceux écrits à ce jour contre Badiou. Il est le premier qui le délimite historiquement, littéralement et dans tous les sens. Vous savez mieux que quiconque que je fus le premier de ma génération à signaler son génie métaphysique, à le défendre, et à le lire comme très peu de personnes, de son propre aveu, l’ont lu. J’ai tout lu, y compris ses nombreux « discours du rectorat » des seventies… Il était donc temps de faire un bilan, et de dire ce que je pense depuis longtemps : sorti de son génie métaphysique, dont je montre dans ce livre à quoi il sert (par exemple : qu’appelle-t-il la vie ? La mort ? Le Mal ? La division des sexes ? Je vous pose personnellement la question. Et j’attends, sincèrement, un jour ou l’autre la réponse), tout ce que Badiou appelle « éthique », « politique », « communisme », « amour », ne vaut strictement rien. » Le « sens de l’Histoire » ? Chiche, kebab.




Bon. Certes, parler d'hystérie, c'est user d'un schème daté et contestable, tout comme semble bien datée l'école freudienne de Paris, qui s'est autophagée depuis beau jeu dans sa ptite bouteille, là, et n'intéresse plus grand monde.
Mais ce schème s'autovalide ici, et éclaire le psychodrame, puisqu'il est produit par l'adhésion ou la foi du charbonnier à l'égard des topiques freudo-lacaniennes, vécues comme des opérateurs de "Vérité". On voit les dégâts chez les victimes consentantes de la clinique psychanalytique, et on soupire après un peu de systémique watzlawickienne.


C'est pourquoi je propose de lui substituer une qualification encore plus vieillotte, mais qui a le mérite de trancher le noeud gordien sans s'embarrasser de subtiles contorsions contribuant à déboiser l'Amazonie:


"perruche ventriloque"


Ou, plus simplement encore:


"fumiste".



Avançons-nous à présent quelque peu au milieu des volutes bleutées de cette fumisterie.


'J' ai une chance de réussir là où Deleuze à semi-échoué, c'est-à-dire à produire une pop philosophie."




"Pop philosophie" est une notion dont on fait un peu trop facilement son beurre. Lire Kant, ou Hegel, ou Derrida, Deleuze, Badiou, c'est comme la peinture à l'huile, c'est bien difficile et ça ne donne pas à "jouir", du moins les premières années...

Faut faire ses gammes aussi. Et on en a jamais fini, si on souhaite se prétendre (quelle prétention), "philosophe". Pas grand chose à voir, du moins en première instance, donc, avec un "art performance" conceptuel au festival d'Avignon ou que sais-je.


MBK, pour moi, philosophiquement, c'est un mix de François Bégaudeau pour le fond, Michel Onfray pour l'audace, et Véronique Bergen * pour la forme. Une "badiou-deleuziste" soustracto-addictive, qui cultive, elle aussi, l'art de la jaculation interminable sur des kilomètres, sorte de pure jouissance scripturale en apesanteur, glossolalique, aux abords d'une "psychose" imitée, donc, d'un "tout au langage" ayant conjuré la pesanteur des "choses".
J'ai eu sa thèse en main, jadis (pour "relecture" - tâche impossible): 1500 pages sans paragraphes, sur Deleuze. Désavouée par son directeur de thèse, Badiou, qui à juste titre n'y voyait qu'un tissu rhétorique - indépendamment du problème posé par la "platonisation" de Deleuze par Badiou -, elle s'en alla la soutenir à Liège. L'objet, rhizomatique, fut réduit de moitié par l'intéressée, vraisemblablement selon un principe de composition aléatoire-contrôlée, comme dirait Lutoslawski, mais on aurait pu faire du cut-up dans n'importe quel sens; il aurait facilement pu faire le triple, ou ne jamais s'arrêter, et s'exposer à la FIAC, dans un entrepôt. D'un art de "penser" sans jamais relever le stylographe. Puis elle devint une "écrivaine-poète" prisée par le "théâtre-poème" de Bruxelles - haut-lieu de la snobitude radotante squatté par deux pelés et trois tondues d'une haute-bourgeoise raffinée et aussi fraiche qu'un palmier en pot mais se prenant pour Antonin Artaud, - et accessoirement "philosophe" de plateaux télévisuels f.o.g.iens. Publie ses "essais" dans une collection baptisée, par un paradoxe délicieux "à l'insu de son plein gré": "travaux pratiques".




Une philosophie de cocktails littéraires, vaguement "avant-gardiste" ici.

Sous prétexte de fourbir une "anti-scolastique", de rendre à la philosophie sa "praxis", de la libérer des institutions confinées, vers la "Vie", une nouvelle génération de "philosophes" se vautrant avec complaisance dans une pure scolastique, vide, sans destinateur ni destinataire, autologie scintillante, qui ne dit absolument rien, alors qu'elle ambitionne d'exprimer l'urgence des temps présents.
Les concepts ne sont plus que des "gimmicks" et des "jingles", donnant lieu à des démonstrations purement conceptuelles, des "théorèmes" phrastiques, psalmodiant et égrenant des "noms" de penseurs comme on feuillette le catalogue des 3 suisses, au nom desquels sont assénées autant de généralités creuses, et à propos desquels le moins bon "que sais-je" nous en apprendra bien plus.
Et qui n'ont d'autre fonction et d'autre concept, en vérité, que de bâtir leur propre mythologie personnelle.

Le passage de MBK de "Badiou" à "BHL", de ce point de vue, ne doit rien au hasard, mais tout à la logique de son entreprise "philosophique". Il n'est en rien le fruit d'une "révélation" fracassante, à l'instar d'un Claudel découvrant la foi derrière un pilier de Notre Dame - et excipant, c'est le plus douteux, des convulsions du monde, aux fins de se donner l'allure d'un Malraux des temps nouveaux -, mais l'instrument pressant et pressé d'une esthétique de soi. Exactement comme l'aut'zig.

Je vois mal qu'on puisse passer du temps là-dessus. Sauf pour dégonfler la baudruche, chétive pécore s'enflant si bien que...



Le dernier cas d'école sur le "sujet", débattu en ces colonnes, c'était Daniel Franco (déjà oublié): un autre "badiousien" déçu (lui aussi avait fait sa thèse sous sa direction), puis devenu conseiller artistique, mâtiné d'essayiste-poète, dans un théâtre d'avant-garde subventionné.
Il avait saisi le Kaïros pour embrasser la pensée bhl, dans d'interminables rebonds sur le site de libé, consacrés à démontrer que Badiou était antisémite, et se ridiculisant à jamais dans les profondeurs marécageuses du cyber-monde (cad le lieu d'élection des "masses incultes et haineuses" faisant des "graffitis dans les latrines", selon la formule d'Onfray - créateur d'une université populaire contre l'élitisme institutionnel).






* J'ai parlé, ailleurs, de scripto-coïtus-psittacistus-ininterruptus:



Bergen et MBK, réunis pour le meilleur et pour le rire:

http://www.criticalsecret.com/n10/VERONIQUE%20BERGEN/

http://www.criticalsecret.com/n10/MEHDI%20BELHAJ%20KACEM/



A l'attention de qui, cette "performance philosophique duale"? On ne sait pas trop, mais c'est assez "hype", d'autant qu'un des deux membres de la paire duale est "présent-absent":


Véronique Bergen absente de cette région d'Europe pendant trois mois est restée solidaire du symposium. Elle nous a fait parvenir par la poste une version papier de son texte et une version enregistrée sur cassette. Lors d'une conversation téléphonique elle a exprimé le souhait qu'un portrait de Gilles Deleuze soit projetté (sic) sur l'écran de l'auditorium pendant que son discours serait diffusé pour précéder l'intervention de Mehdi Belhaj Kacem. Ce portrait d'après une photographie a été spécialement réalisé dans ce cadre par le graphiste Guy Peellaert.



Cette absence solidaire de VB de cette région d'Europe pendant trois mois, ça veut certainement dire "performativement" quelque chose qui veut dire quelque chose. Un tel dispositif est un opérateur événementiel, je ne vois que ça. Il traduit dans le champ physique un double mouvement translatif, de soustraction additive et d'addition soustractive. Sur le plan expérimental.



En effet:


Il s'agira d'examiner en quoi la saisie de l'événement comme pli de l'être, flexion de l'Un-Tout (Deleuze) entraîne une précarité dont la localisation, la provenance, les coordonnées et le destin présentent une différence de nature par rapport à celle qui se corrèle à une ontologie du discontinu où l'événement est un supplément rompant avec l'être (Badiou).


On sent le "laboratoire" où se fomentent des concepts et des pensées d'une "radicale nouveauté", dans l'ombre d'un secret très excitant comme une piste de dance dans un club select "underground" où l'on pénètre, le cœur battant, sur carton d'invitation, comme dans "after hours".


C'est pas de la "pop'philosophie", même pas du "pop'art". "Mais... Mais, c'est d'la merde?" - Non, c'est klug".



On pense à Godard visitant les installations des apprentis-plasticiens de l'école du Fresnoy: "ça me parle pas trop, ces machines autistes; ça ne fabrique même pas des cravates".





Véronique Bergen:



" Si, de façon immanente, toute situation dispose dans le mouvement où elle se construit d’un vis-à-vis qui lui résiste, si les lignes de pouvoir appellent leur doublure par les lignes de contre-pouvoir, il s’agit de voir quels opérateurs logiques de la résistance le schéma dialectique, la voie vitaliste et la coupe axiomatique privilégient. […] Ni bréviaire théorique ni manuel pratique, cet essai entend se tenir au carrefour des résistances de pensées et des pensées de la résistance, pariant pour la bifurcation et l’envol dans le jeu de la matière. A chaque vague d’oppression s’abattant sur le sable, opposer une crête d’écume qui transfigure la mer ; à chaque contradiction du monde, riposter par une dilatation des manières d’exister ; au rétrécissement des forces que l’on porte en soi, répondre par une concentration de l’être en un point doté d’une amplitude maximale. […] Le soulèvement affleure de l’intérieur de l’état de choses dont il ne compose qu’un dehors relatif. Si tout pouvoir engendre le cône de lumière de sa résistance, si leur corrélation vire à l’intrication, la typologie de la résistance s’ancrera dans un critère topologique - à savoir, la manière dont s’articulent le même et l’autre. C’est le type de nouage produit qui dicte une certaine courbure de résistance : le statut accordé à l’altérité et la façon d’asseoir son rapport au même orienteront sa tenue. "



Bergen, versant littérature:


" Des épées d'argent cinglaient le corps turquoise qui, habile à engloutir la lune au fond de ses abysses, ne livrait aucun récit stable, reine sans roi à l'immense traînée d'écume que fendaient des cormorans. "




MBK:

L’esprit du nihilisme : titre doublement paradoxal, puisque ce livre entreprend parallèlement, et souvent en même temps, de déconstruire le (pseudo-)concept nietzschéo-heideggerien de "nihilisme" et de décrire ce que, par provocation provisionnelle nous appellerons "nihilisme démocratique". C’est graduellement, par la description phénoménologique de la spiritualité exprimée dans la voix moyenne de toute une époque, que se rouvre alors la voie qui a traversé toute la modernité pensante depuis deux siècles : la "redécouverte" de la Tragédie par l’homme sans dieu(x). S’y établit le "secret" découvert à tâtons par cette modernité, sans avoir jamais été énoncé comme tel : renversant la tradition métaphysico-politique de l’Occident, on démontre que ce n’est pas la Loi qui est la condition de la Transgression, mais le contraire. C’est la Transgression qui est la condition de possibilité de toute législation : non seule-ment "morale", politique et civique, mais technique et culturelle. L’enjeu est considérable : si la philosophie, pour la toute première fois de sa tradition, parvenait à renverser le rapport qu’elle a toujours posé entre législation et transgression, démontrant que celle-ci est la condition de possibilité de celle-là et pas l’inverse ; bouleversant au passage le sens même qu’on a toujours accordé au concept de "Transgression", alors la philosophie destituerait enfin la région de pensée qui, avec l’irrationalisme qui lui est propre, et qu’on a plus que jamais raison de qualifier d’"obscurantisme", a toujours "pensé" la précession de la transgression sur la législation : nommément la religion (le "péché originel"). Cette destitution non seulement court-circuiterait le pouvoir du religieux, mais restituerait ce pouvoir, et la tâche d’en penser les conséquences, à cela dont le retrait, depuis trente ans, est le vrai nom du "nihilisme" et du "retour du religieux" : la politique.


MBK, versant littérature:


"Là cherche à me soustraire à sa digestion conquérante se change vite en indigestion enchantée perceptible remue-ménage de la flache au tuf de son bidon l'estomac lourd remonte à l'insuffle des lèvres pareilles à un débouche-chiottes à l'invincible ventouse me démène inutile émotion infernale de la mulsion monstre avant-coureuse du dégueulis entre dans la bouche broyée chuintement du vomi rêche dans la bouche en liquéfaction vers le boyau tenant à peine liquide coule en l'intestin précaire muscles du corps impotents à se bander avale coco avale mes débats plus forfait estomac à l'épreuve abandon paix superbe lèvres jointes dégorge plus forte medley subjectif de son menu en tornades inlassables."



Du vent.

Circulez y a rien à voir.


[Je suis sûr que Tony le M. faisait de plus belles rédactions au lycée de Verviers. Pour ma part, à 13 ans, j'avais décidé de laisser tomber l'écriture automatique. Pourtant, à la lecture des extraits de "cancer", le premier chef d'œuvre de celui qui ne doute pas un seul instant qu'il est à la fois le nouveau Rimbaud et le nouveau Sartre du millénaire (nous informant par voie de presse du moindre de ses frémissements émotionnels, annoncés comme s'il en allait de l'avenir de l'humanité toute entière), ça allait bien plus loin dans l'transgressif.]


Tous les enfants sont poètes, sauf Minou Drouet.
Tous les ados sont philosophes, sauf MBK.




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